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Musique du silence au Pakistan
L'islam impose le silence au quartier des musiciens de Peshawar.
La musique s'est tue au bazar Dagbari, le marché aux musiciens de Peshawar, la grande ville du nord-ouest du Pakistan, où les islamistes au pouvoir entendent appliquer la charia, la loi du Coran.
Tambours et flûtes décoraient depuis toujours les échoppes du bazar Dagbari, coeur de la musique et de la chanson de la Province Frontière du Nord-ouest (NWFP). Les rideaux de fer sont aujourd'hui baissés.
L'administration locale, dirigée par la coalition islamiste Muttahida Majlis-e Amal (MMA), a imposé la fermeture des magasins de musique et la disparition des instruments de la vue du public.
Les musiciens qui traditionnellement attendaient au coin des rues qu'on fasse appel à eux pour animer un mariage ou une fête, ont été priés de restreindre leurs mouvements et de ne pas traîner dans les rues pour cause de "nuisance".
"Depuis un mois, l'ordre de fermeture qu'on a reçu de la police nous affecte sérieusement", explique Sher Badin un chanteur de Dagbari. "Les clients ne savent pas si on est ouvert ou fermé et dans les échoppes, ça devient irrespirable", se plaint-il.
Au pouvoir depuis les élections d'octobre 2002 dans cette province frontalière de l'Afghanistan, le MMA surfe sur la vague d'anti-américanisme née de l'intervention des Etats-Unis en Afghanistan à l'automne 2001.
Le MMA, coalition de six partis dont certains ouvertement partisans de l'ancien régime afghan des talibans, profite également de ce sentiment populaire pour faire de la NWFP, une des quatre grandes provinces du pays, le laboratoire de l'imposition de la charia.
Le MMA a formé un Conseil de la Charia, composé de membres de la coalition et chargé d'émettre des recommandations pour la mise en place de la charia.
Dès son élection, le président provincial Akram Durrani a ainsi expliqué dans son discours inaugural que la musique à bord des minibus, moyen de transport omniprésent au Pakistan, serait interdite "parce qu'elle provoque parfois des accidents".
La pression sur les musiciens en général est ensuite montée graduellement.
Une descente de police lors d'un grand mariage à Peshawar et l'interpellation du célèbre chanteur pachtoune Gulzar Alam en janvier ont donné le ton.
"Si cela peut arriver à quelqu'un du calibre de Gulzar, que va-t-il arriver aux autres ?", s'interroge le chanteur Anwar Khyal, fils du chanteur pachtoune Khyal Muhammad, récompensé il y a quelques années d'un prix présidentiel pour sa carrière.
Gulzar Alam, interpellé en pleine scène, a été libéré quelques heures plus tard après l'intervention de journalistes locaux et de la commission des droits de l'Homme du Pakistan (HRCP).
"J'ai le coeur brisé, la NWFP n'est plus vivable", affirme aujourd'hui Gulzar Alam qui cherche une maison à louer à 500 km de Peshawar, à Lahore, la libérale capitale culturelle du Pakistan.
La vie de musicien n'a jamais été simple au sein de la communauté pachtoune qui vit des deux côtés de la frontière séparant le Pakistan de l'Afghanistan.
Même si les Pachtounes n'hésitent pas à danser devant un orchestre auquel ils jettent des poignées de billets, les musiciens sont généralement originaires de familles étiquetées comme marginales.
Le chef de la police de Peshawar, Tanvir Ahmad Sipra, affirme que les opérations menées à Dabgari visaient "l'obscénité": "si ces personnes dépassent certaines limites morales, la police interviendra, même en l'absence d'un gouvernement MMA", affirme le policier.
Le MMA "va décourager ces activités qui ne sont pas prévues par le Coran et s'efforcer de trouver des activités alternatives aux personnes concernées", a assuré le professeur Ibrahim, secrétaire général du Jamaat-i-Islami, principal parti du MMA, et membre du Conseil de la Charia.
"Tout ceci est parfaitement illégal", s'insurge de son côté l'avocat Afrasiyab Khattak, président du HRCP. "Le gouvernement n'a pas le droit de faire cela: la musique est une activité culturelle millénaire dans notre pays, même notre hymne national est interprété par un orchestre".
Amir Mohammad KHAN, AFP
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
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