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Corps vidéo


«Au bord des métaphores»



Après Les absents ont toujours tort (1997) et Des gens de passage (1998), Au bord des métaphores est le troisième projet chorégraphique de Rachid Ouramdane développé à partir de la rencontre du corps dansant et de l'outil vidéographique.


Mouvement : Comment en êtes-vous venu de votre pratique de la danse à expérimenter la vidéo en situation de spectacle?
Rachid Ouramdane : L'outil vidéo n'était au départ qu'un simple instrument de captation et d'archivage. Il me servait à filmer les répétitions mais je me suis rendu compte que le plan fixe ne me satisfaisait pas. J'éprouvais la nécessité d'accompagner le mouvement des corps, ce qui m'a amené à explorer les possibilités de mouvement de la caméra. Il s'agissait de confronter le regard posé par la caméra sur les corps avec ce qui est donné à voir au spectateur. L'important était de sortir de cette adresse unilatérale du plateau et, pour le danseur, de pouvoir jouer en temps réel avec l'image de son propre corps renvoyée par la caméra. Les différents chorégraphes avec lesquels j'ai travaillé m'ont très vite amené à expérimenter l'improvisation. On développe alors une attention particulière au poids, au contact direct avec le corps de l'autre, à la tension physique, à l'effort et à l'énergie. J'ai eu envie de faire rentrer dans cet espace d'autres stimuli. Établir un relationnel qui dépasserait une simple construction d'un ou plusieurs corps pour mettre en jeu une matière peut-être moins immédiatement perceptible que celle qui est propre au corps. J'ai donc commencé à introduire dans le contexte de l'improvisation diverses technologies vidéographiques qui relèvent en même temps de notre quotidien. Et ce quotidien nous confronte en permanence aux images vidéographiques qui en arrivent à fabriquer notre imaginaire jusqu'à nos corps.
Depuis le milieu de ce siècle, des mutations essentielles et accélérées se sont produites dans les développements technologiques et leur accompagnement vidéographique. Que ce soit dans le domaine médical, militaire ou des loisirs. Si l'économie ou la télévision étaient déjà d'emblée axées sur l'image, certains domaines échappaient encore aux images vidéographiques. Aujourd'hui, on peut opérer quelqu'un à distance et ce sont les images du corps humain qui attestent le plus justement de la pathologie du patient et non plus les symptômes perçus par le malade. Autre exemple, certaines femmes enceintes, lorsqu'elles accouchent, s'avèrent moins sensibles à la vue de leur sang via un moniteur que via un miroir au plafond. Il y a aussi ce phénomène de déresponsabilisation que crée la conscience de se savoir observé au quotidien par des caméras de surveillance. Personne n'a pu encore déterminer scientifiquement la nature de ces liens et pourtant tous ces phénomènes sont clairement en relation les uns avec les autres.
Pour moi, éprouver ces mutations auxquelles je ne peux me soustraire, c'est élargir une conscience de mon propre corps. Dans ce projet, l'objectif premier n'était pas tant de produire des images que de stimuler le corps en le confrontant aux images vidéographiques et d'observer ses capacités de réaction.
À présent la production d'images nous intéresse de plus en plus par l'émergence du corps et sa perception qu'elle suscite à travers l'oeil de la caméra.

Carole BODIN,
Publié le 2000-04-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : vidéo, danse,
Mot(s) Important(s) : improvisation, image, perception, intime, son,
Artiste(s) : Carole BODIN (rédacteur), Rachid OURAMDANE (chorégraphe), Christian RIZZO (danseur), Julie NIOCHE (danseur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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