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Lettre ouverte à Dominique Wallon et aux danseurs contemporains
quel avenir pour la création chorégraphique contemporaine?
Pour les Signataires du 20 Août, «si par la création des Centres Chorégraphiques Nationaux, l'État a aidé la danse contemporaine des années quatre-vingts, il n'a pas su se donner les moyens d'accompagner l'émergence des formes artistiques survenues hors de ce cadre ».
Quand on commence à dire «je» pour parler au nom de l'État, à dire «mon» Centre Chorégraphique pour parler du lieu de son travail, quand un programmateur ou un directeur de salle parle de «ses» artistes et de «son» public, un chorégraphe de «ses» danseurs, la voie est ouverte à toutes les instrumentalisations et abus de pouvoir. L'idée même de collégialité et d'échanges s'est absentée, alors qu'elle redevient décisive aujourd'hui. Ainsi des groupes tels Espace Commun, Pro-Danse, ou le nôtre, tentent d'organiser diversement la profession, de construire une parole critique et des propositions venues du terrain. En outre, l'attitude adoptée par certains chorégraphes, comme Mathilde Monnier au C.C.N. de Montpellier (poursuivant à sa façon l'élan de Dominique Bagouet qui, nommé à la tête du premier C.C.N., ne souhaitait pas en devenir le propriétaire) marque fortement la nécessité de penser un lieu de travail sous le signe de l'échange.
Mais le pouvoir n'existe qu'à une autre condition: le secret. Le pouvoir chorégraphique en France s'appuie sur cette habitude particulièrement active: secret des commissions de subventions, absence de bilans critiques publics des actions artistiques, pédagogiques, menées au niveau national et international, difficulté d'accès à des archives administratives (quand elles existent). À ce jour, et à notre connaissance, aucun effort n'a été fait pour rendre publiquement accessible un bilan rigoureux de l'évolution et de la distribution des subventions depuis les années quatre-vingts, de l'activité des C.C.N. depuis leur création, de la situation actuelle du C.N.D.C. d'Angers, des conservatoires nationaux et municipaux, des résultats du Diplôme d'État. Aucune étude critique n'a été entreprise sur l'École de l'Opéra de Paris, tabou parmi les tabous. Tout débat de fond est ainsi rendu impossible sur les options prises, dès lors que débattre du fond risque de mettre en péril l'interlocuteur lui-même.
Ce n'est certes pas un hasard si cette absence de débat rend actuellement la situation insupportable dans deux domaines cruciaux, le fonctionnement des commissions d'attribution des subventions publiques et la formation des danseurs.
Concernant les commissions, le vote des «experts» n'est pas systématiquement pris en compte par les DRAC (Directions Régionales des Affaires Culturelles) qui peuvent agir de leur propre chef et, dans une totale opacité, décider ou non de soutenir telle ou telle compagnie. En outre, leur absence de moyens les rendent inaptes à faire face à leur tâche, qui est de contribuer à distribuer équitablement l'argent public aux artistes engagés dans un projet propre à favoriser la vie chorégraphique. Comment les commissions peuvent-elles «traiter» quatre-vingts dossiers en une journée (pour les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Midi-Pyrénées), ou plus de cent dossiers en quatre jours, pour l'Ile-de-France (soit cinq à dix minutes de débat par dossier) autrement que par l'arbitraire? Et cela quand les membres des commissions ne connaissent pas toujours le travail antérieur des compagnies ou qu'ils ne peuvent s'en faire une idée que d'après l'orientation et le filtre du rapport de dix à vingt lignes de l'inspecteur ministériel et /ou du représentant de la DRAC?
Au-delà de ces conditions inacceptables, c'est l'absence de démocratie, le manque d'inquiétude et de réflexion sur la notion même d'«évaluation» des projets chorégraphiques qui fait de leur fonctionnement une insulte à la pensée de la danse contemporaine en France. L'arbitraire n'est pas seul ici en cause, mais bien la capacité de cet arbitraire à organiser, le plus souvent inconsciemment, les normes esthétiques de ce que «devrait» être une oeuvre chorégraphique et, en amont, la formation des artistes qui seraient à même de produire une telle oeuvre.
LES SIGNATAIRES DU 20 AOUT,
Publié le 2000-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : danse, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : Centre Chorégraphique, recherche, institution, pouvoir, création,
Artiste(s) : LES SIGNATAIRES DU 20 AOUT (rédacteur), Mathilde MONNIER (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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