Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

A qui appartient la ville?

Squat en péril

Chapeau : L'expérience du Brise-Glace, squat artistique dont l'existence est menacée à Grenoble, incite à questionner l'usage et la fonction des vides urbains.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 7

Brise-Glace friche
Karine VONNA rédacteur

Texte : A Grenoble, depuis 1995, le Brise-Glace occupe illégalement des locaux abandonnés par la société Alsthom. Et les menaces d'expulsion pèsent aujourd'hui sur ce lieu; même si Grenoble s'en sert volontiers (1) pour ajouter à son image «in» une facette ouverte au «off». Au-delà du soutien au Brise-Glace, il est temps de questionner l'utilité publique de ces friches baptisées «squats» (2): peut-on les envisager en tant que chances pour repenser la ville à partir des usages qui s'y expérimentent et des compétences qui s'y développent? Si l'évolution des usages transforme la ville bâtie, une friche se construisant à partir des usages de ceux qui l'ont investie n'est-elle pas une cité? Fin octobre à Strasbourg, c'est à partir de ces questions que «Syndicat Potentiel» (3) et «le Forum Itinérant» (4) avaient invité François Deck (5) et le Brise-Glace à engager la conversation. . .
En ville, le problème est évident: il y a plein de vides à remplir, plein de fabriques qui ne fabriquent plus, bâtiments témoins de la fin d'une époque, celle du plein emploi, et d'un présent dans lequel il faut se battre pour trouver sa place, sa fonction, sa raison d'être-là. Face à l'obsolescence du patrimoine post-fordien, que faire? Qui est maître du jeu? Le marché? Le politique? Le citoyen? Dans cet urbain abandonné par un Capital qui délocalise ses activités là où la vie est moins chère, certains ont commencé à s'emparer de ce qui est précisément à l'abandon. Et c'est dans le champ des arts et de la culture que ces sites béants ont été le plus souvent reconvertis. Les recyclages sont légion: ZKM à Karlsruhe, Subsistances à Lyon, MAMCO à Genève. . . L'institution va même jusqu'à soutenir et promouvoir certaines expériences illégales: le 102 à Grenoble, la Laiterie à Strasbourg. . . Côté illégal, mieux vaut différencier le squat-spectacle comme La Bourse à Paris, et le squat-chaosmose type Brise-Glace.
Le Brise-Glace est l'histoire d'un maquis, sis dans l'ex-site industriel Bouchayer-Viallet, là où le Magasin/CNAC de Grenoble est aussi installé, un territoire que l'hyperbourgeoisie (6) et ses marchands immobiliers tentent de protéger contre tout agent infectieux susceptible d'y cultiver de l'inédit.
L'objectif du Brise-Glace: créer un lieu de vie et de travail, de rencontres et d'échanges, où matériaux et savoirs-faire fabriquent de l'en-commun, une de ces friches qui transforment en liberté la nécessité d'articuler espace et création (7). Quatre ans après, l'objectif est atteint: cinq logements, seize ateliers, labo-photo, atelier de sérigraphie, cent résidences d'artistes, des fertilisations croisées entre arts et spectacles vivants via la co-habitation de Tapavu, Mandrak, Ici-Même et Mozkaï (8), un rayonnement international, des partenariats avec le Cargo et le Festival de Théâtre Européen. . . Si vous demandez où se joue à Grenoble l'art en train de se faire, on vous aiguille bientôt vers le Brise-Glace. Or Grenoble est une cité souvent citée pour son passé d'agglo-labo, hier exemplaire en matière de recherche et développement de solutions dans le champ des politiques de la ville, mais c'est aussi la ville dont l'adjoint à la Culture n'est autre que Jean-Jacques Gleizal, expert des questions concernant l'art et la politique (9), qui écrivait en 1994: «Le rapport de l'art à la marge est la source d'un des apports essentiels de l'art à la vie de la cité. L'art peut, de ce point de vue, mener vers une marge source de changement (. . .) Après la régionalisation de la politique artistique, il faut aujourd'hui définir une politique urbaine s'appuyant sur des institutions autonomes qui, rendant l'art possible, en feront un des lieux de recomposition de la citoyenneté.» Et maintenant? Histoire d'acter cette analyse, Gleizal défendra-t-il le Brise-Glace en tant que «marge source de changement»? Aux dernières nouvelles, la ville serait candidate au rachat du site Alsthom. . . mais pour y loger son propre projet. Un projet sans squatters. Est-il normal que le Brise-Glace soit écarté de ce projet et que la ville (se) propose de le reloger dans une case

Date de publication : 01/01/2000


Mots-clés : friche, échange, Grenoble, engagement
Inséré le : 25/06/2001 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,