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Des barbelés sur la prairie
Installations sans conventions
Figure emblématique de la scène artistique contemporaine, Mike Kelley a réalisé à Grenoble, en 1999, sa première grande exposition en France. Il présente un ensemble d'installations entre sculpture et architecture qui interrogent les conventions de représentations.
Difficile de résumer en une phrase lapidaire la démarche de Mike Kelley; l'homme s'est toujours soustrait aux étiquettes, bouleversant l'ordre établi. Etudiant au California Institute of Art de Valencia dans les années soixante-dix, l'artiste américain bouscule déjà les catégories enoeuvrant simultanément dans plusieurs disciplines artistiques: cinéma, danse, musique, performance, théâtre. . ., avant de se concentrer plus particulièrement sur le dessin, la peinture et la sculpture. En rupture avec le formalisme et la tendance aseptisée de l'Art Minimal et de l'Art Conceptuel, Mike Kelley choisit de s'intéresser a contrario aux thèmes laissés-pour-compte par la culture dominante: l'abject, le déchet, les symboles de la sous-culture, mais aussi le corps, non idéalisé, dans sa dimension charnelle.
L'artiste, peu exposé jusqu'ici en France(1), est principalement connu pour ses installations mettant en scène poupées et animaux en peluche. Kelley s'est alors vu catalogué un peu rapidement par la critique comme un artiste provocateur, adepte de la culture populaire et du kitsch. Sans nier aucunement cette dimension, le travail de Kelley semble aujourd'hui gagner en complexité, et les interprétations pseudo-psychanalytiques qui tentent de transformer l'artiste en narrateur pervers d'une enfance maltraitée paraissent peu crédibles. Ces peluches n'illustrent pas «la faillite du noyau familial»(2). Elles témoignent d'une culture de masse et c'est à ce titre que Mike Kelley étudie leurs codes de représentation: «En faisant l'acquisition d'un grand nombre d'objets artisanaux, essentiellement des poupées et des animaux, je me suis pour la première fois rendu compte qu'il s'agissait d'objets discrets. Qu'au-delà des heures d'amour (ou des heures de culpabilité) dont ils étaient porteurs, ils avaient également des formes spécifiques, et qu'il devait exister une correspondance entre ces formes et l'usage des objets eux-mêmes.»(3) La critique sociale et politique de la culture américaine reste sous-jacente dans les derniers travaux de l'artiste, mais de façon moins immédiate et impérative qu'auparavant. Les liens qui unissent les objets entre eux, les rapports que l'homme peut entretenir avec ceux-ci, la façon dont il se les approprie en leur donnant un sens et un cadre sont désormais au coeur de ses préoccupations.
Pour Mike Kelley, qui n'a de cesse de transgresser les limites et les catégories, cette notion de cadre constitue en effet le fil rouge de toute l'exposition du Magasin. Framed and Frame (4), l'une des deux installations exposées à Grenoble sert en quelque sorte de mètre étalon à l'ensemble. Cette grande sculpture composite est la reconstitution d'un des monuments du quartier chinois de Los Angeles: une Fontaine à souhaits formée d'un paysage biomorphique en béton, creusé de niches dans lesquelles sont logées de petites statuettes asiatiques et occidentales. Une enceinte, composée d'un portail de facture asiatique et d'une clôture de grillage et de barbelés encadre la Fontaine. La réplique construite par Mike Kelley demeure fidèle dans ses grandes lignes à son original, mais sa présentation diffère, puisque celui-ci a choisi d'en dissocier les principaux éléments en exposant la Fontaine et sa clôture dans deux salles distinctes. Plusieurs séries de travaux photographiques complètent la présentation. Sur une carte postale danoise, un mégalithe auquel on a ajouté un attirail commémoratif (barrière, plaque gravée. . .) subit la même opération de désenclavement et se retrouve débarrassé de ses accessoires, alors qu'une image jumelle présente cette fois-ci la clôture orpheline du monument qu'elle est supposée ceindre. La démonstration paraît évidente, un rien dogmatique. Framed and Frame est bien un réceptacle au sens propre comme au sens figuré, l'installation se révèle être un condensé des principaux thèmes abordés par l'artiste (représentation de dispositifs de contrôle, imbrication des sphères du public et du privé. . .). Parmi ceux-ci, l'informe et ses conventions de présentation.
Fabienne Fulchéri,
Publié le 2000-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : performance, installation, art plastique,
Mot(s) Important(s) : Etats-Unis, représentation, objet, Grenoble,
Artiste(s) : Mike Kelley (plasticien), Fabienne Fulchéri (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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