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Living room disjoncté
«Bleeding Stone»
Dans Bleeding stone, le chorégraphe Nasser Martin-Gousset, revisite et détourne les codes du romanesque et de la série noire: entre humour et gravité, cinq personnages se confrontent les uns aux autres.
Parallèlement à son activité d'interprète auprès de chorégraphes aussi différents que Karine Saporta, Christine Bastin, Josef Nadj, Sasha Waltz ou encore Meg Stuart, Nasser Martin-Gousset monte ses propres projets depuis 1986. Après Solarium (1998), une pièce inspirée de l'univers du sitcom et des clichés des films américains de série B, et Satisfaction (1999), un solo introduction à la conception de Bleeding Stone, il revisite et détourne les codes du romanesque et de la série noire. Dans un living room, celui d'une maison d'été louée par un groupe d'amis, Nasser Martin-Gousset confronte les uns aux autres et plus encore à eux-mêmes, cinq personnages décalés, trois hommes et deux femmes oscillant en permanence entre humour et gravité. Des dialogues quotidiens, des questions d'apparence banale «Qu'est-ce qu'on fait ce soir?, Qu'est-ce que tu fais en ce moment?» racontent l'ennui et poussent même à la crise, une réponse casse net toute discussion: «Me pose pas ce genre de questions!» Un living room où l'on disjoncte sur Emotional Rescue des Rolling Stones.
Une histoire qui bascule où, amenée par un extrait d'«Autant en emporte le vent», entre en jeu une intruse, une étrangère au groupe, qui apparaît alors à l'image en robe rouge, les cheveux au vent sous la pluie. Souvenirs rapportés en anglais, histoires d'argent, de deal, de vol, de la perte d'un amant. Personnage qui dévoile la solitude des autres et amène la discorde. Le mot Heal, «guérir» en anglais, vient s'afficher sur l'écran en blanc sur fond rouge. La mécanique s'emballe. Conflit. Attraction / répulsion. Énervement solitaire. Le canapé ne se déplie pas. La chaîne refuse de fonctionner. Une voix d'homme: cris de jouissance derrière le canapé. Sur ce même canapé, un autre se tord de douleur. Pose. Sur «Sweet Virginia», nouvelle chanson des Stones, un homme ouvre un pot de miel, le goûte, s'en enduit le torse jusqu'à en répandre sur le sol et glisser dessus en dansant. Une femme seule passe la serpillière en chantant a cappella une version lyrique de «Satisfaction». Générique de fin à l'écran, les personnages serrés sur le canapé. Bleeding Stone, une pièce sur le désir et la frustration.
Carole BODIN,
Publié le 2000-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre, danse,
Mot(s) Important(s) : quotidien, humour, noir, cliché,
Artiste(s) : Carole BODIN (rédacteur), Nasser MARTIN-GOUSSET (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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