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Jeu de sensations
La danse du temps
Loin des effets de surface, Régine Chopinot crée avec «La danse du Temps», une oeuvre infusée, dans l'écoulement continu d'un flux et d'un jeu de sensations qui atteignent l'éloquence.
Le rythme, puisque nous l'évoquons ici, ne saurait être réduit à la seule efficacité horlogère. La danse n'est-elle pas cet humble outil qui permet de dilater l'expérience du réel et d'en goûter les incessantes transformations? Toute oeuvre, sans doute, est enceinte du «processus» de maturation qui l'a portée vers le jour. Mais certaines oeuvres plus que d'autres. On ne saura, ici, dire ce qui s'est tramé au jour le jour entre les «interprètes» de «La danse du Temps»; entre eux et la matière mise en jeu. Il est pourtant évident que ce travail n'aurait été possible sans que soient patiemment infusées, dans les corps et dans ce qui les relie, de multiples «sensations». Ainsi le «spectacle» est-il inséparable de l'expérience (physique et mentale) qui l'a constitué. Les danseurs ont passé quelques semaines, l'été dernier, à la Réserve géologique de Digne, en compagnie d'Andy Goldsworthy, travaillant / dansant dans l'eau d'une rivière. Comment ne pas voir qu'ils sont encore aujourd'hui, sous le feu sec des projecteurs, tout «humides» de ce ruissellement-là. «Ils ont retrouvé la matière de l'eau inscrite en eux», commente Régine Chopinot. Bien sûr, la sensation en soi ne «fait pas sensation», au sens où l'on attendrait du «sensationnel». Certains s'étonneront peut-être, en cette ère de commémorations ronflantes (comme un vieux moteur que l'on est obligé de faire ronfler pour arriver à avancer), que «La danse du Temps», dûment labellisée et soutenue par la Mission 2000 en France, ne soit pas l'un de ces pseudo-événements à paillettes qui ont une certaine tendance à proliférer. C'est que Régine Chopinot, pour marquer le passage d'un temps à un autre, s'est mise en tête de chorégraphier le passage du temps lui-même.
À ce titre, la présence dans «La danse du Temps» de Françoise et Dominique Dupuy (pionniers de la danse moderne en France, ils ont commencé leur «carrière» dans les années quarante, et sont désormais «artistes associés» du Ballet Atlantique) se justifie pleinement. Parce qu'ils dansent avec leur âge, ils sont à la fois la mémoire et l'expérience du temps, non comme de vieilles reliques que l'on exhiberait de façon muséale, mais dans le vivant même d'une éloquence qui n'a plus rien à prouver. Et peut donc «laisser venir une danse dont la structure aurait le goût insaisissable de la vie. Le goût d'une rivière qui passerait son temps à se réinventer entre deux berges». Au fil du temps, l'éclosion infiniment dilatée d'éternités éphémères.
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2000-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : temps, rythme, corps, sensation, espace,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Régine CHOPINOT (chorégraphe), Andy GOLDSWORTHY (sculpteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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