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Mathilde Monnier au festival Montpellier Danse
Natt et Rose
Mathilde Monnier ouvre le festival Montpellier Danse, en y montrant deux pièces, «Natt» et «Rose» qu'elle a chorégraphiées pour le Ballet royal de Suède. Sa première collaboration avec une grande formation classique.
Gérard Mayen : Quelle place a occupé la danse classique dans votre propre formation?
Mathilde Monnier : Assez faible. Je n'ai commencé la danse que tard, à l'âge de seize ans. Et j'ai eu alors la chance exceptionnelle de me trouver dans une école qui proposait autant la danse moderne, comme on disait à l'époque, que la danse classique.
J'ai surtout pratiqué la technique Chechetti, dont on parle très peu, alors qu'elle est pas mal pratiquée, particulièrement par les danseurs contemporains ; ceux de Cunningham par exemple, au premier rang desquels Viola Farber qui m'a formée. Cette technique était très en vogue à New York dans les années 80. La méthode de l'école d'Essen y emprunte beaucoup aussi ; je l'ai travaillée au côté d'Hans Zullig, le grand professeur de la compagnie de Pina Bausch.
La technique Chechetti est parfaite pour un corps contemporain qui veut rentrer dans le classique. Elle est très dansée, dans le rythme. Elle est moins dans l'exposition forcée du corps.
Gérard Mayen : Avez-vous fait vous-même votre révolution anticlassique?
Mathilde Monnier : Cela a été moins vital pour moi que pour un Loïc Touzé, ou une Olivia Grandville, qui en viennent directement, et ont dû littéralement s'en arracher.
Dans mon cas je parlerais plutôt d'un désintérêt. Les sujets de la danse classique, tous attachés à une imagerie du XIXe siècle, ne m'intéressent pas. Et je ne crois pas du tout à leur possible réadaptation, sauf cas absolument exceptionnel, tel la Gisèle de Cullberg, revue au prisme de la folie.
A la limite, la seule adaptation qui peut m'intéresser est celle de corps contemporains abordant ce code : un Guizerix, une Sylvie Guillem, une Marie-Claude Pietragalla, un Jean-Claude Paré.
Gérard Mayen : Que continuez-vous de rejeter absolument dans la danse classique?
Mathilde Monnier : L'emprisonnement des esprits et des corps, qui vont de pair. Tout y est fondé sur des idées du XVIIIe et du XIXe siècle: la façon dont le cours est pensé, dont la barre est pensée, dont le rapport maître-élève est pensé. Tout y est disciplinaire. Impossible de fonctionner avec ça aujourd'hui!
Gérard Mayen Mais lorsqu'on voit le niveau de dureté et d'exigence atteint par certaines démarches contemporaines -la vôtre par exemple- est-on si sûr que le corps y soit «libéré» comme on en affichait l'intention à l'origine?
Mathilde Monnier : La violence, la radicalité de l'engagement, la forme d'énergie, sont thématisées et problématisées dans les démarches que vous évoquez. C'est sûr, ma danse est une expérience de la limite, je ne suis pas dans le release de Trisha Brown. Mais cela n'a rien à voir avec cette violence refoulée -par le refoulement vient le symptôme- qui est le propre de la danse classique: la jolie danseuse sur ses pointes, qui paraît gracieuse et souriante, est en fait en train de souffrir dix fois plus que nous lorsque nous partons valdinguer au sol parce que c'est notre manière de nous exprimer. Je n'ai jamais eu d'accident sérieux dans ma compagnie, et je ne crois pas qu'on y ait jamais vécu d'embrigadement derrière un maître!
Gérard Mayen Pourquoi avoir accepté l'invitation du Ballet royal de Suède?
Mathilde Monnier : Son nouveau directeur, Peter Jacobson, est très engagé dans un processus de grande rénovation. Il m'a assuré de son enthousiasme pour mon travail, m'a laissé entièrement carte blanche. A partir de quoi, la curiosité a joué aussi, tout simplement, pour une formation si prestigieuse et chargée d'histoire. Pour le pays aussi.
Enfin je dois dire que ces danseurs ont été extraordinairement positifs à mon égard, pas prétentieux, disponibles. Pourtant ce travail n'est pas facile pour eux : à la manière des ballets classiques, je les vois juste défaire leurs chaussons en sortant d'une répétition d'un ballet romantique, pour travailler une heure avec moi, avant de repartir pour une pièce de Forsythe. . .
Gérard Mayen : Comment avez-vous choisi les pièces à leur proposer?
Mathilde Monnier : La plupart de mes pièces ne pourraient pas être transmises, pas même à une compagnie contemporaine, sauf
Gérard MAYEN,
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : corps, énergie, langage, technique,
Artiste(s) : Mathilde MONNIER (chorégraphe), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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