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Le rite, l'action et la parole

Pasolini, poète de choses et plus encore

Chapeau : Dans le projet conduit par l'Académie Expérimentale des Théâtres autour de l'oeuvre de Pasolini, il est vite apparu que ne pouvait être séparé le «dramaturge» du «corps entier du poète». Comment répondre à la formidable lucidité que Pasolini nous a laissée en héritage?

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 7

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Pier Paolo PASOLINI poète
Laura BETTI comédien
Luca Ronconi Metteur en scène

Texte : LE THÉÂTRE, À LA MARGE
Les textes écrits par Pasolini à l'occasion des représentations d'«Orgie», en 1968 à Turin (distribués aux spectateurs sous forme de feuilles volantes, mais aussi inscrits sur les murs du théâtre), livrent de précieux éclairages. S'y affirme clairement la nécessité d'un art minoritaire, et résistant en cela qu'il est minoritaire: «Le théâtre n'est pas un médium de masse. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas l'être. (. . .) Le théâtre est une forme de lutte contre la culture de masse». Le théâtre, à la marge, est d'emblée perçu non dans une recherche de modernité, mais dans la force d'une présence anachronique (9): «Ici, nous sommes peu nombreux. Mais en nous il y a Athènes». Cette présence, qui déjoue la temporalité «moderne», doit sans doute être mise en relation avec la quête d'oralité qui donne sa musicalité à la poésie pasolinienne, «faite pour être lue à haute voix», et dont «les textes sont toujours aussi des gestes» d'abord issus de la langue du Frioul (10). Langue vivante, non figée dans une «loi» de l'écrit: cela suffit à ne pas considérer le théâtre de Pasolini sous la seule obédience du «littéraire».
«Le théâtre de Pasolini est un vrai théâtre, un théâtre avec des enjeux, avec une parole concrète», remarque Michèle Fabien. «Que la poésie relève aussi de l'oralité et qu'elle soit écrite pour être dite, c'est une chose, mais le théâtre est fait pour être joué, et jouer c'est -entre autres choses- introduire les enjeux du texte dans son propre corps et les ressortir par la parole.» (11)
Quel est donc le sens profond du «théâtre de parole» que Pasolini oppose à ceux du bavardage, du cri ou du geste? La distinction est, au fond, assez simple à énoncer : pour Pasolini, il semble que le théâtre ne soit en rien le lieu d'une «communication», mais celui d'une «expressivité». «Pour me réaliser en accord avec les règles que j'ai choisies», écrit-il quelque part, «je peux continuer à risquer d'être un «bouffon du Roi», alors que je peux me refuser à la moindre éventualité d'être un «bouffon de masse»: je devrais, en effet, être purement communicatif et oublier les règles difficiles de l'expressivité. Éventualité que j'exclus.» (12)
Dès lors, on voit bien que la rhétorique pasolinienne évacue assez radicalement les notions de «rôle», voire de «personnage» (au sens où l'entend conventionnellement le théâtre). L'identité des «figures» qui traversent les textes de Pasolini est ainsi, pour l'essentiel, sans cesse travaillée par les thèmes du dédoublement, de la métamorphose, de l'altérité. ««Dans Pylade», dans «Calderon», dans «Petrolio» -donc dans deux textes de théâtre et un roman, nous retrouvons le même thème», souligne Luca Ronconi: «un personage coupé en deux, la projection d'une moitié dans l'autre. «Calderon» est l'histoire de quelqu'un qui, à travers le rêve, s'imagine être un autre. Pylade et Oreste sont les deux moitiés d'une même personne. Lorsque Pasolini était vivant, j'ai lu une de ses premières pièces, écrite alors qu'il vivait encore dans le Frioul et qui n'avait jamais été publiée. Le personnage était un prêtre amoureux d'une petite fille qui dans un rêve se transformait en garçon (. . .) Ses personnages sont des figures opposées qui s'imaginent à la place des autres»(13).
Dans cette optique, le théâtre cesse d'être conçu comme un «jeu» et accède à la dimension d'un «rite». Pasolini écrit au moment des représentations d'«Orgie» à Turin: «Dès que la culture est rite, elle cesse d'obéir aux seules normes de la raison et redevient ainsi passion et mystère». Et encore: «Seule la rigueur d'un rite culturel peut rappeler la sainte horreur du rite religieux que fut le théâtre aux origines».
Michèle Fabien indique à propos d'«Orgie»: «Plus jeu de libération que de dévotion (. . .), Les Orgies choriques, sociales, religieuses et politiques sont devenues pratiques sado-masochistes solitaires. (. . .) Ce n'est pas un hasard si Pasolini la place, son orgie, pendant la période pascale: si Pâques désigne pour les chrétiens la mort et la résurrection du Christ devenu rédempteur, au temps d

Date de publication : 01/01/2000


Mots-clés : parole, mise en scène, image, interprétation, politique
Inséré le : 03/07/2001 00:00
Thèmes : théâtre, poésie,