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La transmission des savoirs


Laboratoire de parole



L'oeuvre théâtrale et poétique de Pier Paolo Pasolini a fait l'objet d'un travail de recherche mené par l'Académie Expérimentale des Théâtres. Retour sur ce laboratoire de la parole pasolinienne.


Pier Paolo Pasolini semble presque une rencontre inéluctable pour l'Académie Expérimentale des Théâtres tant son oeuvre dramatique reste à explorer et offre un immense champ d'expériences à tenter. Connu comme cinéaste, intellectuel engagé, pourfendeur d'une bourgeoisie corrompue, héraut de l'anéantissement de l'humain par la société de consommation, homosexuel aux moeurs jugées scandaleuses, mystérieusement assassiné, le personnage occulte, plus que d'autres, sa propre oeuvre et, encore plus, le formidable pédagogue qu'il était. Dès lors, comment aborder ce continent dramaturgique qui émerge, imposant, escarpé, saillant, autrement que par un engagement total, au corps à corps? Comment ne pas chercher à percer la roche pour en extraire ce minerai poétique encore enfoui? Comment ne pas se perdre dans ce territoire sinueux, méconnu, sans guides pour s'orienter?
De mars à août 99, l'Académie Expérimentale des Théâtres, le Centre des Arts scéniques (Charleroi) et la Fondation Pasolini (Rome) ont mené un vaste chantier de recherche et de pédagogie sur le théâtre de Pasolini. Entreprise d'envergure européenne, impressionante par son objet, unique par les procès et les outils convoqués, pour déblayer l'oeuvre ensevelie sous les décombres de l'ignorance et faire surgir la parole pasolinienne, fulgurante. De Paris à Bruxelles, la langue du grand poète italien a circulé comme un mot de passe informel, complice. Dans l'intimité féconde du «laboratoire», des metteurs en scène et des comédiens de la jeune génération se sont emparés à bras le corps d'un corpus de textes dramatiques et poétiques, guidés par des figures majeures du théâtre et de la littérature qui ont partagé un temps l'univers de Pasolini. Laura Betti, son actrice emblématique et amie, Stanislas Nordey, Luca Ronconi, Marc Liebens, qui furent parmi les premiers à mettre en scène ses pièces, Walter Siti, René de Ceccatty ou encore Michèle Fabien, écrivains, essayistes, traducteurs spécialistes de son oeuvre, tous sont venus pour transmettre leur expérience, avec passion et générosité. Un compagnonnage privilégié, stimulant et réactif qui s'est construit dans le travail commun et l'échange.


L'espace du «laboratoire»
«La peur du risque est plus dangereuse que le risque d'erreur»
Gilles Aillaud


Le mot «laboratoire» évoque en lui-même quatre notions qui lui sont consubstantielles: la recherche bien sûr, le risque, celui de se tromper, de s'engager sur une piste stérile, la progression par tâtonnement propre au processus expérimental et l'examen critique des présupposés initiaux. Cet empirisme s'impose précisément comme démarche indispensable pour nettoyer une oeuvre des idées préconçues qui la masque, pour la «posséder» avant de pouvoir la transgresser. Car la transmission exige du destinataire de savoir écouter et recevoir, autrement dit une attitude d'humilité et d'ouverture.
Le laboratoire vise donc à établir une situation dialogale polyphonique avec l'oeuvre, afin de saisir d'où et comment ça travaille. Pour Michelle Kokosowski, directrice de l'Académie, «la clé de la transmission réside dans une approche active de la pédagogie». L'enjeu consiste à créer des contextes informels de communication, des espaces de dialogue où comédiens et metteurs en scène en devenir se confrontent à l'oeuvre en éprouvant des pistes de recherche, au contact d'aînés qui se sont mis en situation de transmettre. Comme le souligne Yan Ciret, dramaturge associé à l'Action Pasolini, «accepter de changer d'orientation, de remettre en cause des opinions ou des directions de travail au fur et à mesure de la découverte, par la pratique et l'écoute active, est la condition sine qua non d'une recherche en mouvement».
L'exercice du laboratoire est aussi une mise en danger de celui qui transmet car il s'expose aux regards scrutateurs, dévoile le mode de cheminement de sa pensée, avoue l'incertitude inhérente au processus empirique, questionne par réflexivité sa propre démarche artistique.

Gwénola DAVID,
Publié le 2000-01-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : écriture, théâtre,
Mot(s) Important(s) : laboratoire, transmission, dramaturgie, expérience, interprétation,
Artiste(s) : Pier Paolo PASOLINI (auteur), Gwénola DAVID (rédacteur), Laura BETTI (comédien), Stanislas NORDEY (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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