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Le geste, en dépit du concept
Temps d'absence ordinaire
Chapeau : Rita Quaglia, Lluis Ayet et Thierry Baë, dans une drôle de conférence dont le sens (leur ?) échappe.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Gérard MAYEN rédacteur
Lluis AYET chorégraphe
Thierry BAË chorégraphe
Rita QUAGLIA chorégraphe
Texte : Une intention conceptuelle sous-tend
Temps d'absence ordinaire, ou l'atteinte picnoleptique. Anciens danseurs du Centre chorégraphique de Rennes, Lluis Ayet, Rita Quaglia et Thierry Baë ont conçu ce spectacle empreint de performance au cours d'une résidence à l'invitation de Catherine Diverrès alors absente de ses studios.
Théorisée par Paul Virilio, l'atteinte picnoleptique désigne ces moments d'absence assez courants, où tout un chacun peut sembler traverser un temps soudain suspendu. A partir de quoi le danseur Thierry Baë a composé une conférence volontiers loufoque, où il révèle un succulent talent d'acteur physique. C'est l'un des niveaux du projets. C'est aussi un joli pied de nez adressé à la manie du tout référent philosophique, très tendance dans certains cercles chorégraphiques.
Est-il parfaitement articulé au second niveau de ce même projet ? Lequel consiste à travailler, à partir de l'idée d'atteinte picnoleptique, une forme de la disparition et de l'instantanéité. Par exemple, Lluis Ayet sous-imprime des musiques d'essences contradictoires (un discours mussolinien, une petite musique de Brahms, un furieux morceau de Nina Hagen, etc), à l'arrière d'une seule et même danse reproduite à l'identique.
Le critique Laurent Goumarre imaginerait bien Jérôme Bel se livrer à tel jeu sur les signes. Bien vu. Mais comment éviter que pareil principe, ici juste esquissé, s'accroche par trop à du dispositif d'atelier ? Lequel, chez Lluis Ayet et Rita Quaglia favorise dès lors, par simple contraste, l'exposition de leur danse magnifique : depuis leurs bassins et bustes cloués de loin en loin, les membres arrachent une gestuelle abrasive, noble et rêche. Cette danse essentielle, farouchement adulte, ignorant toute concession, demeure une magnifique nouvelle.
Mais peut-être échappe-t-elle au concept avancé même. Lequel révèle de ces maladresses, de ces tâtonnements, qui le rapprocheraient du bizarre – qu'on peut très bien aimer - plutôt que de l'exploratoire.
Créé en 2002 au CCN de Rennes, Temps d'absence ordinaire a fait l'objet de représentations professionnelles les lundi 24 et mercredi 26 février au studio du CND (Paris).
Date de publication : 06/03/2003
Inséré le : 05/03/2003 00:00
Thèmes : danse,