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La crise de la danse en deux brefs spectacles

Chapeau : Lilia Mestre et Milli Bitterli : piétinement du présent, et tentation du passé, pour repérage des tendances.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Apparence :

Milli BIitterli / Veronica Zott chorégraphe
Gérard MAYEN rédacteur
Lilia Mestre / David Freeman chorégraphe

Texte : Qu'on se le tienne pour dit : «Les soirées Repérages offrent à un large public un panorama des tendances chorégraphiques les plus actuelles en Europe et ailleurs», si on en croit la feuille de salle distribuée l'autre soir à l'entrée du studio du CND. Initiées par Danse à Lille, le réseau des Rencontres internationales de la jeune chorégraphiques permet en effet d'échanger les découvertes de l'heure entre les représentants de douze pays associés.
Pour le coup, un programme de deux spectacles en à peine un peu plus d'une heure, semblait s'être donné pour objectif d'illustrer la crise de la création chorégraphique. Tendance, on ne sait pas. Mais actuelle, assurément.
Interprète pour Vera Mantero ou les Ballets C. de la B., il n'y a rien qui manque au pedigree de Lilia Mestre pour synthétiser son époque. D'ailleurs, elle se présente complètement nue sur scène, et un moniteur vidéo occupe un emplacement de choix sur cette dernière. Clic clac. Qui a dit qu'il y aurait aussi des clichés conceptuels.
Certes, dans Untitle me, Lilia Mestre part à rebours des évidences. Si son image est reproduite en boucle instantanée à l'écran, il se trouve que peu à peu des anomalies apparaissent, et que l'image vidéo se détache de plus en plus de la réalité de ses propres mouvements sur scène. De la même manière, l'artiste usera de son corps comme support de projection de diapositives la représentant alors dans toute une garde-robe de tenues vestimentaires les plus variées. Par transparence des images en surimpression sur sa personne, on voit bien encore ses formes nues, les tâches sombres de son anatomie, mais l'œil veut se laisser emporter comme à feuilleter une revue de mode.
Le réel, l'image, ses tromperies. Pas bête. Et le nu dans tout ça. Conceptuel, quoi. Et même drôle – ce qui n'est pas un moindre mérite. Sauf. Sauf qu'une minute suffit pour qu'on ait tout compris. Sauf qu'il faut aussi subir la séquence théâtrale obligée, professée depuis les gradins (et on rit moins, de l'exercice tout aussi obligé de capter le texte par bribes en langue étrangère, comme à peu près tous les soirs). Sauf, enfin, que les procédés mis en œuvre tendent à se révéler pour ce qu'ils sont au bout du compte, et qui n'est guère neuf : ce sont les procédés de l'illusionnisme.
C'était le volet conceptuel en voie d'épuisement.
A présent, le duo Untereinander (entre nous). Avec sa partenaire Veronika Zott, Milli Bitterli se présente au contraire tout habillée. Et pas le moindre écran vidéo en vue. La musique ne sera même pas électronique ! Et puis elles dansent. Elles dansent, elles dansent. Par les temps qui courent, ça surprend quand même. Et pas de la danse au kilomètre : une danse farouche, heurtée, avec les chevilles qui crochent et les jambes qui fourchent, pour se flanquer, et se flanquer encore au sol de manière insensée sur les genoux. Les bras qui s'affolent, au-dessus. De grands écarts en diagonale tête à la déverse, des démarrages à joue plaquée contre sol, de mystérieuses marches de flanc, allongé de tout le côté sur le plateau. Des courses un peu perdues, de duos déraillant, comme si le tapis était tiré sous les pieds.
Forte danse singulière, secouée et battante, brute de mouvement, exigeante en diable, et par de jeunes nanas rageuses.
Beh, oui, on adore. Mais sans ignorer que c'était ce qu'on voyait voici vingt ans déjà. La crise.

Trois programmes Repérages sont programmés chaque saison par le CND. Le dernier l'était lundi 3 et mardi 4 mars.

Date de publication : 06/03/2002


Inséré le : 05/03/2003 00:00
Thèmes : danse,