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Redistributeur d'art
Concert de baisers, de pierres et machines-outils
Faisant concert de baisers, de pierres ou encore de machines-outils, Nicolas Frize est un compositeur qui sait écouter la société. Redistributeur d'art, il mêle professionnels et amateurs, en investissant l'espace public.
L'apprentissage de Nicolas Frize, qui a suivi des études supérieures de piano, de chant et de direction chorale, fut essentiellement marqué par l'enseignement de Pierre Schaeffer (1973-1974) et par la fréquentation de John Cage dont il fut l'assistant en 1978. Ses recherches expérimentales furent récompensées, en 1995, par l'obtention du Grand Prix de l'Innovation culturelle du Ministère de la Culture. Directeur de l'Association Les Musiques de la Boulangère, qui, «au service de la musique contemporaine», travaille «à imaginer, créer, produire, diffuser et former», Nicolas Frize, est depuis sept ans en résidence en Seine-Saint-Denis.
Plus de quatre-vingts créations (orchestrales, instrumentales, chorales, électro-acoustiques, mixtes), aux titres énigmatiques («Concert de Baisers», «Concert Vertical», «Concert de Pierres», «Le Chant de la chair». . .) forment un ensemble musical diversifié mais cohérent. À ces productions s'adjoignent ce que Nicolas Frize nomme des «musiques appliquées» (il a ainsi travaillé avec Raoul Ruiz, Pierre Clémenti, Andy Degroat, Stéphanie Aubin. . .). Simultanément, Nicolas Frize intervient au sein de plusieurs institutions (scolaire, hospitalière ou carcérale), permettant à ceux qui en sont les acteurs volontaires / involontaires de décrypter consciemment les rouages structurels sur lesquels le fonctionnement de ces dernières repose.
Quelques parti pris, parmi d'autres, caractérisent les «protocoles d'expérience», selon l'expression de Walter Benjamin, auxquels se livre avec plaisir le compositeur, sollicitant et jouant avec (organisant musicalement) les risques de l'imprévu. Les matériaux sonores utilisés par Nicolas Frize sont hétérogènes et révèlent sa volonté d'introduire au coeur du champ musical des sonorités que d'autres jugent insignifiantes ou vulgaires. Ainsi a-t-il composé avec des avertisseurs de véhicules de pompiers, des motrices SNCF, des machines-outils. . . De même, les voix, leurs tonalités singulières, sont des éléments vivants qui permettent à ses compositions d'atteindre une puissance vraie. Délaissant les salles de concert, Nicolas Frize explore les potentialités de lieux de représentation inédits. Il s'agit en effet, pour le compositeur, de réinvestir l'espace public, en jouant avec ses significations historiques (monuments. . .), sociales (places, usines, marchés, stations de métro. . . ) ou géographico-acoustiques (grottes, sous la pluie. . .). Nombre d'actions musicales de Nicolas Frize, par ailleurs, accordent une place centrale à des interprètes qui parfois ignorent tout de la musique contemporaine et de la pratique du chant.
Sa dernière création, «Du plus profond», dont la première a eu lieu à La Havane en octobre 1999, a été non pas répétée mais réinventée dans trois villes de Seine-Saint-Denis en janvier-février 2000. Ce concert déambulatoire ou «promenade musicale» (à Drancy, les spectateurs devaient emprunter des cars soumis à ambiances musicales inattendues pour se déplacer) réunissait une cinquantaine de musiciens professionnels et environ deux-cent-cinquante amateurs (parmi lesquels des cubains qui avaient été invités en France) pour jouer un ensemble de partitions (pour choeurs professionnels et amateurs, pour solistes, pour cuivres, pour clarinettes, pour guitare, pour cornemuse, pour sons du monde du travail. . .), constituant un collage musical surprenant, gai et grave. Là encore, des lieux éclectiques accueillirent ces moments musicaux: Bourse du commerce, embarcadère, place de la vieille Havane. . . à Cuba; salle du conseil municipal, église, marché. . . en Seine-Saint-Denis. En fait, le public faisait l'expérience déroutante et enthousiasmante, debout ou assis, immobile ou en mouvement, de postures d'audition variées (écoute pure, de proximité ou collective, voire physique puisque la danse était sollicitée. . . ). La création, écrit à juste titre Nicolas Frize, «n'est plus un objet arrêté, c'est un sujet en mouvement». Emmanuel Renault, philosophe ayant accompagné le compositeur à cette occasion, note que celui-ci a su créer, par «son spectacle», u
Jean-Marc LACHAUD,
Publié le 2000-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : improvisation, musique,
Mot(s) Important(s) : son, collage, espace public,
Artiste(s) : Jean-Marc LACHAUD (rédacteur), Nicolas Frize (musicien), Pierre Schaeffer (compositeur), John CAGE (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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