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Avignon: irréprochable?
Programmation 2000
Aperçu du festival d'Avignon 2000: tour d'horizon de la programmation, les critiques, les spectacles attendus et les à côtés.
On ne peut rien lui reprocher. Un temps, il était de bon ton de dire, et d'écrire, dans les journaux, violemment, tout ce qui n'allait pas dans ce festival devenu pure mythologie. Aujourd'hui, il faut bien se rendre à l'évidence : impossible de rien lui reprocher. Sa programmation est ouverte, dosée, faite de tous les équilibres qui ne permettent aucune entrée critique : stars et débutants, spectacles français et étrangers, jeunes et moins jeunes, répertoire et textes contemporains, théâtre traditionnel et nouvelles formes, cirque et danse -tout y est pour que rien ne manque ; un parfait dosage qui montre bien que rien n'a été oublié. D'ailleurs rien n'est venu troubler l'annonce de la programmation du 53e festival d'Avignon. Rien, si ce n'est cette fausse note: dans un article du «Monde» daté du 22-23 avril, on pouvait lire: «Un nouveau sigle fait son apparition dans le programme d'Avignon: les FFTI, ou Forces Françaises Théâtrales de l'Intérieur. Il regroupe [des] compagnies qui ont pour point commun d'être peu ou mal connues.» Sans parler de l'étrange résonance de ce sigle, l'idée même d'un tel regroupement fait frémir. Et puis ce point commun des compagnies «peu ou mal connues» apparaît rapidement fallacieux, voire erroné: dans la liste de ces jeunes projets émergents, on retrouve pêle-mêle des metteurs en scènes qui n'ont absolument pas le même profil. Certains travaillent en compagnie, et sont en effet «peu ou mal connus», tandis que d'autres s'insèrent dans des filières très repérées, ou sont en résidence dans de grosses structures de production -et sont déjà clairement inscrits dans le «paysage théâtral».
On objectera qu'il est tout de même heureux que ces jeunes compagnies puissent se produire dans le cadre du festival d'Avignon. Sans doute. Mais ne seraient-elles donc là que pour honorer des quotas, et réaliser l'équilibre d'une programmation réaliste, par-delà des enjeux essentiellement artistiques? Le festival d'Avignon, donc, défend les forces françaises, et elles sont «de l'intérieur». Bon, il paraît que cette expression était à usage interne, et n'aurait pas dû circuler auprès des journalistes. . .
Ceci étant, le festival d'Avignon est comparativement moins frileux que beaucoup d'autres lieux de programmation en France. C'est dire l'état des lieux! En matière d'écritures actuelles, notamment, le spectre est singulièrement éclectique et ouvert. Prenant au bond la récente reconnaissance publique de l'écriture de Jean-Luc Lagarce, quatre textes seront proposés à Avignon. Tout d'abord la magistrale traversée du «Pays lointain», un texte-somme, écrit peu avant sa mort, et monté tout en finesse par François Rancillac. On y saisit en toute limpidité à quel point le théâtre est l'envers d'une famille, celle qu'on rêve, celle qu'on choisit. Lagarce livre sur une seule et même scène toutes ces silhouettes qui n'auraient jamais dû se croiser : la famille, la vraie, avec ses rancoeurs et ses silences pesants, et puis tous ceux que la vie nous fait rencontrer, aimer et abandonner. Mère, frères et autres parents, amants, ceux qui passent et ceux qui restent, tous viennent pour la dernière fois, saluer celui qu'ils ont aimé -sarabande des ultimes fantômes d'un monde en passe de disparaître sous nos pieds. On comprend, dans ce texte bouleversant, que le théâtre tend vers l'amour, et qu'il est encore, après les batailles, après les renoncements, un de ces lieux précieux pour qu'il s'y déclare.
Un nouveau triptyque viendra compléter le voyage sur les terres de Jean-Luc Lagarce: François Berreur propose d'ajointer trois textes qui n'ont pas de liens organiques apparents, sinon qu'ils dévident l'écheveau d'un récit de la disparition. Car c'est bien là le moteur de cette dramaturgie: faire l'état des lieux de tout ce qui s'en va -et surtout dire tout le bonheur, et le tour joyeux qui s'en suit.
On entendra aussi «Les hommes dégringolés», de Christophe Huysman, dont les (rares) textes pour le théâtre ont déjà fait événement. Là encore des récits venus de l'intime tracent les tableaux fugaces d'une vie à peine existante.
Bruno TACKELS,
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : Festival d'Avignon,
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), Jean-Luc LAGARCE (auteur), Christophe HUYSMAN (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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