Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Machine rebelle


Les abus de la société



En artiste volontairement rebelle dans un monde où Dieu est mort, Malachi Farrell utilise tout ce dont la technique l'a instruit pour dénoncer les abus d'une société sans scrupules. Se servir des fruits du progrès pour en désigner les méfaits ne manque pas d'ironie.


Récupération et recyclage, voire autoprédation sont des pratiques auxquelles s'entend Farrell. Á l'opposé de beaucoup d'artistes pour lesquels sous-traiter la réalisation de leurs oeuvres est monnaie courante, il fabrique quasiment tout lui-même poussant le vice jusqu'à produire les circuits imprimés de ses machines dans une sorte d'«Isoliert Raum» [Pièce isolée] installée dans un angle de son atelier de Malakoff, proche banlieue du sud de Paris, vieille bâtisse digne d'une science fiction dix-neuviémiste ou d'une BD de Tardi. Murs noircis par le temps, sans fenêtres, «alambic» énigmatique juché à plusieurs mètres du sol, vestige d'une production révolue, machine-outil bien vivante, mezzanine encombrée, accumulation d'engins aux buts inavoués, çà et là gisent inanimées d'anciennes installations sur lesquelles il prélève, économie oblige, les composants, moteurs et autres ingrédients nécessaires au fonctionnement du nouveau grand «guignol» en gestation.
Fébrile, Farrell tourne, meule, soude, programme, assemble, enregistre, expérimente. Il pratique toutes sortes de métiers comme si le travail était encore à la mode.


Dans ce décor d'un autre âge «Hooliganisme» voit le jour et la diversité de ses composants donne l'étendue des techniques maîtrisées: public encagé fait de récipients en plastique vidés de leur contenu et montés sur des pédaliers qui une fois activés font la holla, faux billets de banque collectés à Hong Kong s'échappant de trois machines bricolées accrochées au plafond jonchent le sol en compagnie de boîtes aluminium de coca cola et autres, deux tringles à rideaux mues par des moteurs d'essuie-glace de camion supportent l'un des costumes de notables dont émergent des faux billets l'autre des tenues de joueurs, l'ensemble passablement fripé et maculé, un monstre à trois têtes aux machoires articulées allant du loup garou à l'oran-outang s'élève et s'abaisse à plusieurs reprises dans un bruit de chaînes et de roulements inquiétant tandis qu'un ballon doré porteur de cette même fausse monnaie va et vient le long d'un rail horizontal pour parfois pénétrer et déformer des cages dont le filet est confectionné à partir d'élastique de mercerie. Le tout est filmé par deux petites caméras pivotantes et retransmis en direct et en noir et blanc sur un moniteur de surveillance. Une fois la fatidique invisible ligne infrarouge traversée, tout se met en branle suivant un scénario de trois minutes préprogrammées.
Une sirène retentit, donne l'alerte. Agressive, dérangeante, c'est le détail excessif et agaçant fait pour secouer ceux, s'il en est, tentés de ne voir en «Hooliganisme» qu'une simple animation destinée à divertir. De petits haut-parleurs disposés sur les tribunes diffusent en cascade une clameur de foule en ébullition. Un CD spécialement gravé accompagne de façon synchrone les mouvements des différents automates à tel point que les textes semblent sortir des gueules du cerbère tricéphale. Á l'écoute on reconnaît la voix de commentateurs de football, de politiciens, un extrait de «Band of Gypsies» de Jimmy Hendrix, des aboiements de gros chiens. . .
«Que voulez-vous que cela me fasse qu'il y ait quelques chômeurs de plus ou de moins?», «Et c'est le premier but!», «Even the cold war will be back for the CIA. . .», succession de captures radiophoniques et autres, collage, cacophonie syncopée d'une machine pour laquelle le sport n'est qu'un prétexte à brasser de l'argent. Les dupes «gogos» bouteilles vides bougent en cadence, la monnaie coule à flots ininterrompus, l'aliénation bat son plein et puis si parfois les passions se déchaînent jusqu'au meurtre, est-ce une raison pour gâcher la fête des survivants?

Michel BLANCSUBE,
Publié le 2000-04-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : performance, installation,
Mot(s) Important(s) : vidéo, technologie, critique, sport, corps-machine,
Artiste(s) : Michel BLANCSUBE (rédacteur), Malachi Farrell (plasticien), Thomas Hirschhorn (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :