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Agapes normandes
Le parquet de bal
Au Havre, Jean-Pierre Bodin nous offre un généreux mélange de conte, de gastronomie et de musique avec Le Parquet de bal accueilli par le Volcan.
Inviter le spectateur à une fête des sens, telle est l'ambition du Parquet de Bal, présenté à la Scène nationale havraise. Dans la continuité du Banquet de la Sainte-Cécile, succès incroyable qui n'a cessé de tourner depuis 1994, Jean-Pierre Bodin, ancien régisseur de théâtre monté sur les planches, et l'acteur et metteur en scène François Chattot nous convient à une soirée épicurienne. Dans leur premier opus, Jean-Pierre Bodin égrenait les souvenirs savoureux et cocasses de l'harmonie municipale du village de Chauvigny où il fut saxo alto pendant vingt ans. Depuis, il conservait chevillé au cœur le désir de donner une dimension plus fastueuse à son Banquet... C'est chose faite avec le Parquet de Bal.
La table chargée de verres de vins qui séparait le conteur du public dans la première mise en scène, a laissé place à une scénographie plus ambitieuse. Sous un chapiteau implanté à Saint-Romain-de-Colbosc, petite commune proche du Havre, est dressée une table unique, monumentale, où prennent place les 120 spectateurs. En bout de tablée, Jean-Pierre Bodin préside cette soirée placée sous le signe de Dionysos : au verre de Fiet Gris de l'apéritif succèdent les bouteilles de Saumur offertes aux convives-spectateurs. Notre amphitryon fait revivre le quotidien rocambolesque des musiciens du dimanche de son enfance, ponctuant son récit de larges rasades de vin. L'arrivée des plats apportés par une équipe de jeunes étudiants en hôtellerie est chorégraphiée avec précision et rythmée par les airs de la Clique sur mer, fanfare poitevine enjouée qui accompagnait déjà le Banquet de la Sainte-Cécile. Au festin des mots, à la bonne chère et aux morceaux de musette et de jazz s'ajoutent quelques pas de danse : les musiciens finissent par grimper sur la vaste table blanche qui se transforme aussitôt en piste de bal. De cette bambochade au goût de noce campagnarde, on repart repu et guilleret. On regrette simplement un manque d'étincelle dans le jeu de Jean-Pierre Bodin, un signe d'usure que l'on peut comprendre après plus de 700 représentations du Banquet de la Sainte-Cécile. Un renouvellement du répertoire aurait peut-être remédié à cette faiblesse...
Créé dans le cadre de la deuxième édition du festival Théâtre en Région – une initiative de la région Haute-Normandie-, Le Parquet de bal est une belle proposition de théâtre populaire dans le meilleur sens du terme. Comme pour une vingtaine d'autres créations (Grimm de la compagnie de cirque Cahin-Caha, Le Bonheur du vent de Catherine Anne, Visage de feu du Lituanien Oskaras Korsunovas... ), le spectacle draine des actions artistiques, dont des ateliers d'écriture et des rencontres avec des lycéens. Il répond aussi au souci de la Scène nationale de toucher d'autres publics que les Havrais. Enfin, et c'est l'essentiel, Le Parquet de bal renoue avec un des bonheurs du théâtre : partager ensemble le plaisir des mots, des gestes, de la musique... comme on partage le pain.
Naly GERARD,
Publié le 2003-03-13
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur), Jean-Pierre BODIN (metteur en scène),
Passage(s) : Le Volcan Le Havre 76600 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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