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L'identification d'une femme
Codes de représentation japonais
Les photographies de Miwa Yanagi, en mettant en scène des femmes dans des environnements factices, synthétisent une vision de l'urbanisme et des codes de représentation japonais. Entretien.
On ne trouve peut-être qu'au Japon ces femmes en uniforme, liftières ou chargées des renseignements dans les grands magasins, qui peuplent les photographies de Miwa Yanagi au milieu de paysages oniriques conçus par ordinateur, des paysages dont les références visuelles sont souvent les photographies à 360 degrés et les mondes sous marins de «National Geographic». Le modèle occupe ici la place centrale du dispositif photographique, son contexte, l'arrière plan, devenant alors un décor, un monde factice réalisé à partir d'éléments réels, tel un collage métaphorique. Utilisant les rêves, Miwa Yanagi crée ainsi de grandes fresques kaléïdoscopiques proches du monde utopique de ces «informatrices» dont les visages impassibles interrogent la pertinence de leur existence, leur matérialité. Au Japon la saturation visuelle est extrême et Miwa Yanagi, par le trucage de ses panoramiques, construit une continuité de l'espace urbain (un espace urbain homogène) qu'elle concentre en une vision monoculaire comme déterminée par notre périmètre rétinien. Le végétal, l'animal, l'humain, le lieu, sont rassemblés dans un même espace/temps. Aucune narration n'est recherchée. L'artiste japonaise élabore pour chacun de ses modèles un univers d'artifices, sans odeurs ni sons, où personnages et décors sont figés en huis clos. Miwa Yanagi reproduit les systèmes de la consommation, comme autant de plans figés dans un imaginaire construit avec les mêmes codes de représentation capitalistes, un système inflexible dans lequel l'artiste à grandi. L'uniforme des modèles comme emballage. La consommation unie au désir, instaure le déplacement progressif du désir sexuel vers celui d'objets et prend alors toute la place mentale, suscitant d'insatiables besoins.
«Le monde qu'elle exprime n'est pas fondé sur sa connaissance ou son sens critique, mais sur sa propre sensibilité. En tant qu'urbaine, elle extériorise le quotidien et les obsessions qu'elle détient», note Yasuaki Okamoto (in catalogue exposition Utsunomia Museum of art, 1999). Utilisant toutes les forces du psychisme et notamment celles de la mémoire et du rêve, Miwa Yanagi fait partie de ces artistes Japonais qui explorent l'inconscient individuel et collectif, matière encore peu étudiée au Japon. Devant ses photographies, une sensation physique et mentale s'empare de nous et ces images en suspend nous aspirent dans une singulière combinatoire faite de fiction et de réel. Un microcosme fantastique où l'individu considéré pour ce qu'il pense et ce qu'il est devient la matière première de l'artiste qui pose la question de l'individu, bien avant de régler celle du féminisme. Cette analyse marque les premiers dysfonctionnements des précepts qui règlent cette société, de ce qui fait sa force, un «collectivisme capitaliste», où la dévotion à l'entreprise passe avant toute considération personnelle et individuelle.
L'artiste travaille actuellement à une nouvelle série: des travaux développés non plus à partir de ses propres rêves mais de ceux de ses modèles.
Nathalie Viot,
Publié le 2000-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : photographie,
Mot(s) Important(s) : femme, société, Japon, itinéraire,
Artiste(s) : Nathalie Viot (rédacteur), Miwa Yanagi (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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