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Politique fiction
Révélateur de notre monde
Arpenteur de sites marqués par l'entropie post-industrielle, Nicolas Moulin propose un voyage dans un univers imprégné de science-fiction, qui fonctionne comme un puissant révélateur de notre monde d'images.
Polis politique
En 1999, Nicolas Moulin commence à «Vider Paris». Armé de son appareil photo, il arpente les rues de la capitale pour en prendre les repères: à l'inverse de «Pôle», il intervient ici en aval du travail de prise de vue, numérisant ses perspectives urbaines pour les retoucher et en effacer toute dimension humaine. Condamnant les premiers niveaux des immeubles de parois de béton monolithiques, il éradique des rues toute forme de vie et toute possibilité de repérage dans l'espace. L'asphalte et le béton forment le badigeon résiduel tapissant les artères dévitalisées d'un corps urbain débarrassé de sa fonction première: héberger l'homme et ses activités. L'univers anxiogène contenue dans la banque d'images revêt ici les dehors de la fiction, et le scénario catastrophe formule un de ses avatars, celui de la ville forte contemporaine décrite par Mike Davis dans le portrait qu'il dresse de Los Angeles dans son ouvrage «City of Quartz». Aussi la ville occupe-t-elle une position cardinale dans le travail de Nicolas Moulin. Non pas Terre promise, mais terre de compromis, celle-ci, aujourd'hui refuge d'une grande partie de la population mondiale, enregistre les enjeux majeurs pour un Homme en intelligence avec le monde comme avec ses semblables. Et, en vidant Paris, Nicolas Moulin, nous demande quelle est la place aujourd'hui de l'Homme dans la ville.
Si la dimension politique (7) qui sous-tend son oeuvre transparaît en filigrane de la science-fiction, Nicolas Moulin ne milite pas pour autant pour les extra-terrestres. «A.V.H. (A Visage Humain)» est une vidéo qui présente une succession de plans fixes sur des visages aux crânes rasés qui émergent d'une atmosphère laiteuse et éblouissante pour regarder le spectateur. Big Brother is watching you? Pas exactement. . .(8) Nicolas Moulin destine idéalement ces portraits évanescents à l'espace public, là où des caméras de surveillance fleurissent à tous les carrefours sans inquiéter quiconque quant à la préservation de ses libertés fondamentales. Projetés sauvagement sur les murs de la ville, ou squattant les réseaux d'information télévisuels, ces visages se révèleraient au regard dans leur qualité d'intrus parasitaire et apparaîtraient de-ci de-là comme autant d'épiphanies qui, loin de susciter l'émerveillement, éveilleraient la suspicion.
Si, dans «Vider Paris» comme dans «Pôle», l'humain est mis entre parenthèses, s'excluant lui-même d'un processus d'urbanisation à caractère de plus en plus spéculatif, il se manifeste dans «A.V.H». sur un mode résurgent, muet et scrutateur, vigie inquiète des potentialités du présent, et donne par là même une clef de déchiffrage des énigmes habitant les différents travaux de Nicolas Moulin. Ce dernier, archiviste, urbaniste ou spationaute, semble élaborer une cartographie implicite de l'humain en devenir. Il apparaît en retour que, bien que l'ensemble de son travail mette les spectateurs à l'épreuve de glissements spatio-temporels, il présente paradoxalement nombre de points d'ancrage particulièrement tenaces dans le réel, et inscrit sa démarche dans une perspective politique.
Cédric AURELLE,
Publié le 2000-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : vidéo, photographie,
Mot(s) Important(s) : image, science-fiction, univers,
Artiste(s) : Cédric AURELLE (rédacteur), Nicolas MOULIN (vidéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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