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Over Drive, exposition personnelle
Le double jeu de l'image
Dans ses vidéos ou installations, Olivier Dollinger provoque la collusion entre l'espace social et l'intimité. La galerie Chez Valentin, à Paris, présente Over-drive, une expérience limite.
Olivier Dollinger travaille sur les relations révélées par l'image, affirmant une dialectique du regard où se maille l'appréhension de soi et des autres. Les sujets de la plupart des vidéos sont pris dans l'étau d'une représentation préalable que la caméra vient déplacer. Olivier Dollinger mise sur une frontalité première. Il affirme un regard d'abord stéréotypé. Le regard n'est pas vierge ou naïf. La relation intime ou sociale n'échappe pas à ce constat. La mise en scène de soi, les processus d'identification sont des ressorts de la construction identitaire. Et, l'image aussi bien filmique que photographique procède elle-même d'une mise en scène. C'est probablement dans la surenchère de ce rapport que sa mécanique surgit alors, implantée dans notre perception. En prenant des sujets où le spectaculaire est déjà, d'emblée, revendiqué comme tel, Olivier Dollinger ouvre paradoxalement l'image, sans maniérisme. Il dessine un espace singulier où quelque chose se joue non pas contre le spectaculaire ou dans son contournement, mais dans sa réalité concrète, quotidienne. Il manifeste la conscience d'une relation intersubjective qui naît inéluctablement de ce contexte et l'avoue d'emblée pour en révéler la mécanique complexe. Dans Over-drive (2003), sa dernière installation, il filme des hommes dans des compétitions de SPL (Sound Preasure Leasure). Enfermés dans des voitures immobiles équipées de haut-parleurs conçus pour recevoir et restituer des signaux basse fréquence à haute puissance (sub-woofers), ils procèdent à des concours de pression acoustique. 140 décibels correspond au seuil de la douleur auditive. Les puissances atteintes lors de ces rassemblements dépassent 160 décibels. Ces concours sont fréquents dans les banlieues des grandes villes. La vidéo cadre en plan serré les visages des hommes. Leurs yeux brillent, leur visage exprime une douleur physique doublée d'une dimension quasi-extatique, entre repli et extériorisation. Ces expressions manifestent une volonté de puissance qui s'affirme dans la maîtrise technologique et où l'homme n'est là, en dernière instance, que pour recevoir le choc des ondes. Les visages apparaissent en un fondu enchaîné lent. Ils surgissent sur l'écran comme des anges, subreptices. La vidéo est projetée sur un grand écran en suspension dans l'espace. De chaque côté, sont disposés les sub-woofers au design massif. Les haut-parleurs diffusent des spectres de fréquences sonores. Le son donne une matière uniforme à l'espace. Il englobe, enveloppe le spectateur dans un univers similaire à celui des hommes de l'écran. Très rapidement le son devient un état, un espace osmotique. L'intimité des visages concentrés, intériorisés par les enjeux de la compétition comme par l'épreuve physique, se construit à travers le son. Le son n'est alors plus cette musique zéro mais devient un territoire perceptif en commun. Il est au final l'anti-thèse du mouvement, et dans l'installation, ce sont les apparitions des visages qui mettent en rythme l'espace. Olivier Dollinger déplace donc la scène, ce n'est plus l'écran qui est la rencontre mais l'espace d'exposition lui-même. Olivier Dollinger amène à une conscience physique, éprouvée, d'un espace/temps où le social et l'intime s'entremêlent et interagissent. Jamais dupe de la grammaire de l'image ou du jeu des espaces, il parvient à casser le cercle vicieux des représentations en affrontant sans détour la mise en spectacle de soi.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2003-03-19
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : vidéo, installation,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Olivier DOLLINGER (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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