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Drôles de figures
Giboulées de la Marionnette
A Strasbourg, les Giboulées de la Marionnette drainent les formes théâtrales les plus inattendues. Un vent de liberté souffle sur les planches jusqu'au 22 mars.
La marionnette contemporaine est l'un des fers de lance du Centre dramatique national–Théâtre jeune public (TJP) d'Alsace, en même temps que la réflexion qu'il mène sur le spectacle vivant destiné aux petits spectateurs. Les Giboulées de la marionnette qui s'abattent sur Strasbourg pendant quinze jours en mars, constituent le point d'orgue de cet engagement pour les formes animées en tout genre. Parmi la trentaine de spectacles, nombreux sont ceux qui battent en brèche le préjugé qui veut associer systématiquement marionnette et enfants et prouvent que le « tout public » requiert de l'exigence. Certains artistes travaillent la matière pour produire des images inattendues et des interrogations profondes, comme Pierre Meunier avec Le Tas. Dans le délicat Duks, Duks, Das Waldhaus, Margrit Gysin, merveilleuse conteuse, fait surgir tout un monde minuscule à partir d'une simple boule de glaise, qui évolue sur une table avant de se fondre à nouveau dans la masse de terre.
On passe de la fragilité de Clair-Obscur de Jean-Pierre Lescot au tourbillonnant numéro d'acteur du Hollandais Neville Tranter. Dans le premier, le maître de l'ombre nous invite à un voyage étrange dans l'univers de Matisse : aux images immatérielles répondent les airs joués par une quintette à vent. L'étourdissant comédien et metteur en scène du Stuffed Puppet Theatre, virtuose du dédoublement, anime, lui, une multitude de personnages à taille humaine et raconte cette fois le quotidien de « Molière ». D'autres créateurs incontournables de la marionnette contemporaine étaient invités, dont le mythique Bread and Puppet. La compagnie américaine, qui utilise depuis les années soixante les masques et les mannequins géants pour servir un théâtre contestataire, présentait La Cathédrale de Papier mâché. Cette agit-prop géante à l'esthétique brute, née lors de l'Exposition universelle de Hanovre en 2000, revendique six besoins essentiels pour les êtres humains, qui vont du sommeil à l'amitié et dont le plus important est peut-être l'insurrection contre l'ordre établi. Une trentaine de volontaires strasbourgeois participent à cette aventure qui évoque bien sûr la guerre et la situation politique mondiale. En fin de spectacle, ils partagent le pain pétrit et cuit par la compagnie - geste symbolique qui ponctue chaque représentation de la troupe de Peter Schumann.
Une dizaine de spectacles du festival s'adressent cependant aux plus jeunes. Beaucoup font preuve de la qualité artistique qui accompagne la prise en compte de l'enfant comme spectateur à part entière. Egalement en phase avec l'actualité – malheureusement-, la jeune compagnie AMK qui triomphait la saison dernière avec Certaines aventures de Madame Ka, présente Le Mioche, un spectacle foisonnant sur le thème des enfants-soldats. Cette fable sur le pouvoir et la manipulation des enfants par les adultes, riche d'un point de vue plastique et esthétique apporte un regard poétique sur une réalité sordide et cruelle. L'œil Nu, un petit bijou de simplicité et d'intelligence de la compagnie Amoros et Augustin, interroge notre perception de l'image et notre regard. Un comédien muni de pots de couleur dégoulinants et d'une toile de plastique fait naître sous nos yeux des métamorphoses visuelles étonnantes en distillant des interrogations aussi candides que saisissantes sur l'art ou le portrait. Soulignons que les touts-petits ne sont pas oubliés. Voici plusieurs années, certaines compagnies ont initié une recherche sur la façon de présenter des moments de théâtre aux bébés (à partir de dix-huit mois !). Le Praxinoscope Théâtre participe à cette exploration de l'essence du spectacle vivant avec La Jeune Lune qui convoque aussi bien la lanterne magique que les jeux aquatiques, la flûte ou encore la poésie de Tagore.
En fin de soirée, on peut rejoindre la petite salle du TJP, sise au bord des canaux du quartier de la Petite France, dans un ancien temple protestant aux vitraux multicolores, et assister aux petites formes du Cabaret. De ces spectacles moins festifs qu'intimistes, on retiendra le sobre Miche et Drate, dialogue naïf et métaphysique entre deux créatures au corps de chiffon par Les Escaboleurs. Autre découverte : la jeune troupe Trohéol qui mène de façon impeccable La Mano, une fable noire entre Frankenstein et Kafka, et son attachant héros marionnettique.
Le festival lancé en 1977, du temps où le TJP était Maison des Arts et des Loisirs, illustre aussi le travail de fonds mené par un CDN dynamique investi dans l'action artistique locale, l'aide à la jeune création, les partenariats avec des marionnettistes internationaux (en Pologne, en République Démocratique du Congo...) et qui prend à cœur la question de l'enfant spectateur comme celle de la marionnette contemporaine. Après plusieurs interruptions (la dernière édition a eu lieu en 2000), les Giboulées sont reparties de plus belle, puisque qu'elles vont désormais déferler chaque année, pour longtemps espérons-le.
Naly Gérard
Jusqu'au 22 mars, à Strasbourg. Rens. : Théâtre Jeune Public, Centre dramatique national de Strasbourg, 7, rue des Balayeurs, 67000 Strasbourg. Tél. : 03 88 35 70 10.
Naly GERARD,
Publié le 2003-03-10
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : brève
Thème(s) : marionnette,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur),
Passage(s) : Théâtre Jeune Public, Centre dramatique national de Strasbourg Strasbourg 67000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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