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Aux Antipodes, sans entraves
Au Quartz de Brest, le festival des Antipodes participe au renouvellement du paysage chorégraphique, présentant les esthétiques d'une «famille» impliquée dans une recherche indisciplinaire et ouverte, plutôt que de dresser un panorama des dernières émergences.
Alain Buffard, Jennifer Lacey, Benoît Lachambre et Julie Nioche, les projets initiés par ces quatre artistes «explorent le champ illimité des métamorphoses et des variations du corps humain, avec la volonté d'ouvrir les esthétiques sans entraves, à l'infini, et bien au-delà de la danse». En mettant en question les limites du corps en représentation, Jaques Blanc, directeur et programmateur du Quartz, donne à ses invités la possibilité de repositionner leur geste créateur, pour mieux alimenter nos regards.
Pas 1 mais plus... 100 Rencontres: le visiteur circule dans un espace modulaire où coexistent de manière autonome les propositions des performers réunis autours de Benoît Lachambre. Si le dispositif met en jeu les dynamiques de perception et de communication, c'est pour mieux explorer le champ de la rencontre «dans ce qu'elle a de mobile et sensible à l'apport conséquent de l'échange». Chacun prend ainsi la responsabilité de construire son propre parcours pour observer et produire du sens à partir des informations existantes ou manquantes. La proposition porte en elle ses inévitables flottements mais elle permet avant tout à dix complices de mettre en commun leur remarquable sens de l'improvisation.
Avec les Sisyphe, Julie Nioche axe sa recherche sur «un corps improductif et inutile au sens ou la société moderne l'entend» et livre au spectateur une étude de genre. Dans son diptyque, la présence de Rachid Ouramdane est mise en tension avec des images, interrogeant en miroir nos propres pulsions, de l'animalité au désir de mort. Lorsque Julie Nioche prend le relais, c'est pour s'adonner à une activité de pure dépense, dressant au travers de son épuisement un étonnant catalogue de corps libérés -ou enfermés, c'est selon- dans l'effort.
«Comment être (encore) ensemble, comment danser (parfois) ensemble», Alain Buffard met lui aussi en question le rapport du masculin au féminin. Tout en approfondissant le matériau qui était déjà à l'œuvre dans Good boy, il renoue cette fois avec Régine Chopinot qui démontre, s'il en fallait la preuve, qu'elle a encore beaucoup à dire. Dans Wall dancin'-wall fuckin', elle apparaît comme transfigurée. Et si Alain Buffard dresse un mur entre les évidences, c'est pour mieux les brouiller par la conjugaison de l'attraction et de la répulsion, du désir et du pouvoir (voir au sujet de cette pièce l'excellente critique de Gérard Mayen, sur mouvement.net).
Aux Antipodes, on a enfin pu découvrir la dernière création de Jennifer Lacey, This is an epic. Lorsqu'on pénètre dans la salle, c'est pour y découvrir un champ de bataille; on a ainsi l'impression d'être arrivé au bout de quelque chose. Vrombissements assourdissants, talkies-walkies, traces de pneus, la proposition plastique de Nadia Lauro cesse rapidement de représenter un théâtre des opérations pour déployer une prodigieuse lame de fond que viennent recouvrir, de manière non concordante, propositions de corps et captations de son. Nuno Bizarro, Rémy Héritier, Latifa Laâbissi, Jennifer Lacey et Annabelle Pulcini traversent le plateau, disparaissent pour réapparaître dans des situations parfois drôles et cocasses, mystérieuses le plus souvent. Ensemble, ils accumulent les indices et finissent par développer une énigme qui restera irrésolue, dans un état proche de l'abandon.
On retrouvera les créations présentées aux Antipodes les jours suivants:
100 rencontres, direction artistique de Benoît Lachambre, du 3 au 7 mai au Kunsten FESTIVAL des Arts de Bruxelles et du 26 au 28 juin, au festival Montpellier Danse;
This is an epic, de Jennifer Lacey et Nadia Lauro, du 21 au 23 mars dans le cadre du festival Instances, à l'Espace des arts de Châlons-sur-Saône et du 16 au 18 avril au Centre Pompidou, à Paris;
Les Sisyphe, projet initié par Julie Nioche, les 19 et 20 mars au Centre Pompidou, à Paris et les 2 et 3 avril au Manège de Reims;
Wall dancin'-wall fuckin', du 1er au 4 avril au Théâtre de la Ville, à Paris.
David BERNADAS,
Publié le 2003-03-20
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : performance, danse,
Mot(s) Important(s) : improvisation, antipodes,
Artiste(s) : David BERNADAS (rédacteur), Jennifer LACEY (chorégraphe), Benoît LACHAMBRE (chorégraphe), Nadia LAURO (scénographe), Julie NIOCHE (chorégraphe), Alain BUFFARD (chorégraphe), Alain BUFFARD (danseur), Rachid OURAMDANE (danseur), Régine CHOPINOT (danseur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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