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Extraits des propos de Rodolphe Huguet lors de la table ronde animée par Chrsitophe Domino le 10 mars à l'espace Paul ricard (Paris)


L'usage du monde



Rodolphe Huguet, artiste plasticien, part à Delhi sans projet spécifique. Au grès des rencontres, il organise un travail artistique où se tissent culture indienne et culture occidentale.


Rodolphe Huguet : Au départ, je n'ai jamais fait de projet. J'estime que faire un projet pour partir à l'étranger est extrêmement ridicule. Je ne sais pas, quand je débarque quelque part, ce que je vais y faire. Donc je n'avais pas de projet précis si ce n'est de dire que j'allais à l'étranger pour voir ce qui s'y passe. J'ai atterri un treize décembre à Delhi, je m'y suis promené une journée ou deux, et, à ma grande surprise, j'ai vu qu'il y avait plein de magasin de sapin de Noël, de décoration. Pendant deux, trois jours, j'ai été mal à l'aise devant cette histoire de Père Noël parachuté dans un pays. Donc j'ai réfléchi et j'ai eu cette idée-là de croiser deux cultures et de faire un Père Noël à dix bras. Avant de me mettre à l'œuvre et de demander à un tailleur de me faire cet objet-là, je suis quand même allé à l'université de Delhi pour rencontrer des chercheurs et me renseigner sur l'origine de cette multiplicité des bras. Je ne voulais pas en effet choquer ou me faire lapider en faisant cette action. Ils m'ont en fait rassurer, car ils m'ont expliqué que c'était tout simplement pour donner la vie et la puissance aux dieux que les membres étaient multipliés.
Le vingt-cinq décembre au matin, je suis donc d'abord parti dans un tout petit village au sud de Delhi pour faire un test. J'ai distribué beaucoup de craies de couleur aux enfants pour dessiner et des stocks de caramels anglais très chers, car j'estimais que c'était important de ne pas donner n'importe quoi à l'homme de la rue. Dans le village, ça s'est très bien passé. Au départ les gens se cachaient puis ils sont sortis et ça a bien fonctionné. J'ai alors fait la “ grosse expédition ” en partant du Fort Rouge de Delhi, avec la participation de mon coéquipier qui était conducteur de rickshaw. Pour lui rendre la pareille, au retour, comme je n'avais plus rien à distribuer, c'est moi qui ai conduit le rickshaw. Donc, pour moi qui était en Inde depuis dix jours, cette action, c'était par rapport à mon travail un moyen de “ déclencher le moteur diesel ”. Je n'avais même pas programmé de faire des images, mais j'ai rencontré des gens qui m'ont suivi sur place toute la journée

Christophe Domino : [ la vidéo " Baba Noël ”], qu'est-ce que c'est finalement ? Un carnaval, une ironie sur vous ? L'enjeu est-il la proximité avec les passants, le bain de foule ?

RH : C'est un acte de générosité, mais c'est aussi un manière de montrer que je n'étais pas là en touriste. C'était donc pour moi tout à fait naturel comme action. Cela m'a permis aussi de rentrer dans ce pays, et, à partir de là, d'y être vraiment. Ce travail a été pour moi important. Ici, ça n'avait pas forcément la même importance que là-bas, donc, justement, il fallait trouver une signification. Ce n'est plus le Père Noël qui donne, mais c'est le Père Noël qui prend.



Publié le 2003-03-20

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : propos recueillis
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Rodolphe HUGUET (plasticien), Christophe DOMINO (critique),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir : http://www.espacepaulricard.com