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L'hypothèse du renoncement


Les Sysiphe



Julie Nioche signe une pièce énigmatique, au croisement des genres masculin/féminin, mais aussi humain/animal, pour ouvrir sur la fin.


Non pas un Sisyphe, condamné à rouler indéfiniment sa pierre jusqu'au sommet d'où elle redescendra inévitablement. Mais deux Sisyphe. Un masculin. Et un féminin. Campant dans une pièce circulaire, qui éjecte des parcelles à son bord. Le regard lorgnant sur le monde animal, mais aussi végétal. La danse s'y épuise, tandis qu'on y entend The end, de Jim Morrisson.
Les Sisyphe : sur le coup de cette pièce énigmatique de Julie Nioche, on pourrait émettre l'hypothèse du renoncement. Renoncer, dans ces lignes, à évaluer si cette pièce est réussie ou manquée. Renoncer aussi à en cerner le sens. Simplement la constater, la consigner, accepter de l'accompagner vers la fin, en s'égarant dans ses béances. Elle y appelle. Béances : ouvertures.
Première béance : un espace emphatiquement découpé par la course circulaire incessante d'un écran articulé à un bras roulant sur une trajectoire parfaitement circulaire. De ce lent tourbillon est rejetée, à la marge, la danse de Rachid Ouramdane, qui fait très mec de sa personne sous son blouson de cuir ; mais qui là tout au fond saute à la corde, façon fillette. On entend The end, version féminine, by Nico.
Deuxième béance : les images à l'écran, de fourrure et de sang d'un monde animal scalpelisé sous le regard de l'homme, précisément du photographe Hervé Tobby. Ecart de sens, sans lien. Hormis une étrange suspicion : les constructions culturelles des genres masculin et féminin, mais aussi humain et animal, ne partageraient-elles pas, à bien y réfléchir, quelque obscur fondement essentialiste commun ? C'est à agiter. Pendant ce temps, le règne végétal, et du plus beau fleuri, a pris le relais à l'écran.
Mais là un éclat : Ouramdane, qui fait très mec de sa personne, s'est défait de son falzard, et en slip s'est dressé sur des sabots d'animal. Sa danse s'est faite frêle, ombrée d'une féminité perchée, qui strie un peu l'espace, fugitive tout autant qu'on la retient ; précieuse.
Nouvelle béance : Ouramdane libère les lieux pour Julie Nioche, qui fait très fille, presque poupée. Elle arrête l'écran. Plus de cercle. Plus d'images. Façon joueuse de tennis, elle est tout en blanc sur fond blanc. Parfaitement à face. C'est extrêmement plastique. Une autre pièce commence. Une autre danse, entêtée, implacable et suffocante. De dépense. D'épuisement. Courant, sautant sur place, mimant des danses. Cet entêtement obsédant surprend, sous la moue de la jeune fille.
On achève bien les concepts.
Et peut-être tout un courant de danse. Ou de non-danse. Comme on veut. Là on entend The end, version intégrale, originale, et masculine, by Jim Morrisson.
On ne sait qu'en penser. Et on garde l'envie d'écrire.

Les Sisyphe a été créé le vendredi 14 mars 2003 aux Antipodes (Brest).


Gérard MAYEN,
Publié le 2003-03-27

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : Sisyphe, renoncement,
Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), Julie NIOCHE (chorégraphe), Rachid OURAMDANE (danseur),
Passage(s) : Le Manège de Reims Reims 51100 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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