Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Vues d'elles


Festival des films de femmes



A la Maison des arts de Créteil, les regards de réalisatrices du monde entier à travers la fiction, le documentaire, l'animation ou le numérique, jusqu'au 30 mars.


Il y a vingt-cinq ans, le premier Festival des films de femmes s'attachait aux réalisatrices les plus visibles à l'époque, en l'occurrence celles de la Scandinavie et du Canada. Pour l'édition 2003, les organisatrices de l'événement, désormais implanté à Créteil, reviennent sur l'Europe du Nord avec "Elles n'ont pas froid aux yeux". A travers une cinquantaine de films, on mesure le dynamisme des Scandinaves dans une région avancée en matières d'égalité des sexes, et la persévérance des cinéastes des pays Baltes en butte à la précarité. Entre les Danoises influencées par l'esthétique du Dogme, notamment Susanne Bier; les Suédoises qui s'émancipent du monument bergmanien, comme Liv Ullman ou Lisa Ohlin, et les Norvégiennes, parmi lesquelles la figure de proue Ania Breuen et la jeune Margreth Olin (avec son attachant My Body ), la Scandinavie affirme sa pluralité. La Finlande quant à elle étonne par la vitalité de son cinéma. Parmi une quinzaine de films, on compte trois films d'animation, les opus de la vidéaste de renommée internationale Eija-Liisa Athila (Consolation Service et Love is a Treasure), des documentaires sensibles de Anu Kuivalainen et celui d'Anastasia Lapsui (avec Markku Lehmuskallio), sur les Nénets de Sibérie. Deux œuvres d'Islandaises, parmi lesquelles Reykjavik de Solveig Anspach, auteure en France de plusieurs films remarqués, complètent le panorama. Autres Nordiques, les réalisatrices des pays Baltes, indépendants depuis seulement 1991, font entendre leur voix à travers une sélection où prédomine le documentaire. On découvre la mémoire blessée de la Lettonie marquée au fer rouge de l'armée russe puis de l'Allemagne nazie. Et on rencontre des réalisatrices lituaniennes et estoniennes libérées de la tradition soviétique, attentives à rendre compte des vies singulières qui les entourent.
"Les femmes parlent d'où elles sont, c'est-à-dire d'une position biaisée par les artifices des cultures, par leur éducation et la division des genres, explique Jackie Buet, la directrice du Festival. Et elles sont nombreuses à tenter de faire craquer les cadres." Margarethe Von Trotta est de celles-là. Le parcours de l'Allemande, actrice chez Fassbinder, scénariste avec Volker Schlöndorff et cinéaste reconnue fait l'objet d'une rétrospective. Ses films sont traversés par le croisement entre l'intime et le politique, en particulier le plus connu, Les Années de plombs qui évoque le terrorisme d'extrême-gauche des années soixante-dix.
En marge de la compétition qui couronnera fictions, documentaires et courts-métrages, on peut désormais apprécier une section de films numériques, sélectionné par la chorégraphe Karine Saporta qui s'intéresse de près à ces nouveaux formats. Le cinéma expérimental est toujours présent, disséminé dans la programmation. On remarque des courts-métrages étonnants comme le travail à partir d'échographies de la Taiwanaise Wensha Tsao ou le film d'animation en 3D de la Canadienne Alison Reiko Loader.
Enfin, vingt-cinq œuvres marquantes, comme autant de bougies, ont été sélectionnées par un Comité d'honneur. L'occasion de (re)voir Outrage, l'une des huit œuvres d'Ida Lupino, rare réalisatrice hollywoodienne des années cinquante ; Wanda, le film culte - et unique opus- de l'actrice Barbara Loden ou An Angel at my table, sans doute la plus belle réussite de Jane Campion. Marguerite Duras avec India Song et Claire Denis avec Chocolat font aussi partie de ce florilège.
Créé dans un contexte militant féministe, le Festival de Films de Femmes est devenu professionnel, mais veut rester un espace de parole et de réflexion sur le monde. Grâce à son centre de ressources, le Festival entretient la mémoire de l'histoire des femmes et des créations audiovisuelles au féminin. Notons que les archives vont s'enrichir d'un précieux butin : les films du Centre Simone-de-Beauvoir, créé en partie par Delphine Seyrig, et qui dormaient dans des cartons depuis plus de dix ans. La dimension sociale et politique du Festival est elle toujours d'actualité, car les progrès notables accomplis en Occident, qui permettent notamment aux femmes de ne plus se cantonner au poste de monteuse (travail précieux mais rarement valorisé), ne peuvent cacher la situation alarmante des femmes à l'échelle mondiale. Le travail de réalisatrices d'Asie du Sud-Est, notamment chinoises ou thaïlandaises, et de quelques-unes d'Amérique latine parviennent, certes, jusqu'à nous. Mais il reste extrêmement difficile pour les Africaines ou les Indiennes de s'emparer de la caméra. D'où l'importance de l'initiative solidaire du Festival de programmer des vidéos réalisées dans le cadre d'ateliers au Sénégal ou en Inde, mais aussi dans des banlieues françaises. Le documentaire trouvant là la dimension politique qu'il peut prendre quand il sert de porte-voix à des minorités de la parole. L'exemple le plus édifiant étant sans doute Regards d'Afghanes tourné par des femmes de Kaboul, et coproduit par des Français, sur des résistantes au régime des Talibans.

Naly GERARD,
Publié le 2003-03-25

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : cinéma,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur),
Passage(s) : Maison des arts André Malraux Créteil ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :