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En mal d'absolu
Out of Nothing
La compagnie transdisciplinaire Styx Théâtre de Serge Noyelle et de Marion Courtis est depuis deux ans en partenariat avec le Northern Stage Ensemble, le plus important théâtre régional de Grande Bretagne, pour cette création.
Comment vivre l'infini au jour le jour ? est la question que pose Out of nothing. Question qui déchire plus d'un devant les compromissions que la vie moderne oblige à faire. L'idée mère était de « partir de rien » ainsi que le dit le titre et de peupler l'espace-temps contemporain de la scène. Ce travail de scénographie et d'écriture est passé par plusieurs étapes. Il y a un an, le public a été invité à participer. Au final, Out of nothing propose une « pictographie éphémère et vivante » selon Serge Noyelle, en miroir du monde. Qu'elle soit aléatoire, parcellaire, fantasque, qu'elle dérobe son sens est logique. Dans son texte, Marion Courtis va à l'essentiel, nomme les choses qui la poussent à prendre la parole, ces blessures et ruines d'une humanité convulsionnaire. « Le cri est un nombre premier, divisible par lui seul » dit-elle. « Quand on est on fond du trou on se tait » dira Hugues, l'un des acteurs. La parole en anglais, en espagnol et en français, est distribuée entre neuf acteurs et actrices qui gardent leurs prénoms. Ce sont des personnages à la dérive dont l'histoire a coulé corps et biens, des rescapés du désespoir. Le plateau est jeté dans un savant désordre de quelques débris et autres fauteuils en suspension, bougies et moniteurs vidéo. Pris dans un dispositif bifrontal entre deux rangées de spectateurs assis sur des sacs en toile de jute, il en émerge un monde tempétueux, dérisoire, plurilingue, sourd. Le silence y est battu en brèche par un perpétuel bruit de fond. La création sonore restitue le bourdon quotidien des radios et des machines, entre résonances techno et bande son de film, qui plonge les gens dans des rêves qui ne sont pas les leurs. Les voix transitent pas les micro VHS. Les quelques fois où elles s'élèvent à nu, leur vérité donne envie de les entendre continuer. La question de l'authenticité traduit la question de comment vivre au jour le jour l'infini. La réponse vient : « Ceux qui ont aimé, et ont vieilli le savent ». Désirer fait devenir vrai. Aimer métamorphose la perception et initie au réel. Qu'importe que l'objet du désir soit plus tard démystifié. Qui a désiré, aimé, restera vrai et verra le vrai. Après quoi, il reste « quelques réalités comme : la pluie. » L'intuition qu'il existe un absolu dans le rapport amoureux et dans les rapports aux autres, se heurte aux « réalités », monde kafkaien du plus grand dénominateur commun où l'infini est une abstraction mathématique. Deux mondes coexistent, le premier est taxé d'imaginaire, le second réputé positif. Ils sont exclusifs l'un de l'autre, en guerre. C'est cela qui est mis en scène, avec les déceptions à répétition, l'élan amoureux qui se brise en couple, la révolte de la femme libre et celle de l'homme otage d'une norme masculine, l'illusion des désirs décomposés. Les acteurs semblent défroqués, travestis, et leurs personnages, fugaces, décalés, ont perdu leur nom. Que reste-t-il à vivre après le désenchantement ? Avec ce spectacle, Serge Noyelle transmet l'idée que la discipline artistique est une possibilité de vivre au quotidien la quête d'absolu, qu'au théâtre, il est possible d'être essentiel et de montrer le spectacle des acteurs en proie au tourment de l'infini.
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2003-03-27
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Serge NOYELLE (metteur en scène),
Passage(s) : Théâtre à Châtillon Châtillon 92320 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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