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Journal de Cesena (27-30 avril 2000)


Voyage dans un autre monde



Bruno Tackels s'est rendu à Cesena, le village où s'est installée la Societas Rafaello Sanzio, pour assister à une expérience de théâtre «par» (et non «pour») les enfants. Voyage dans «un autre monde» où «théâtre et enfance se rejoignent».


À ce stade de leur «préparation», au milieu des cris d'enfants surchauffés, dans le hall, le «spectateur» adulte que je suis se demande encore comment va se passer la cohabitation avec ce curieux public drapé de blanc et visiblement en train de passer dans le régime de l'acteur. Quel dispositif spatial va se mettre en place, dans le droit fil de ce troublant préambule? La question s'estompe rapidement quand on m'indique la «place» d'où nous verrons le spectacle, avec les trois institutrices accompagnatrices. Elles ont été rapidement écartées de la «garde» des enfants. Malgré les formes mises, je lis sur leur visage que cette séparation non prévue les contrarie. Nous pénétrons dans une pièce de six mètres sur huit, presque entièrement occupée par une grande coupole en carton. La paroi est percée de six hublots recouverts de tulle qui permettent de voir à l'intérieur. C'est une sorte d'iglou de fortune dont l'intérieur est entièrement peint en blanc. Nous nous trouvons donc à l'extérieur de l'action, mais pas comme spectateurs, plutôt comme observateurs de l'action qui va se jouer à l'intérieur «entre» les acteurs et les enfants. Debout, les adultes se trouvent dans l'inconfortable posture du voyeur ou de l'«espion», voyant sans être vu.
La coupole s'emplit peu à peu d'une lourde fumée. Dans la pénombre, on distingue un lit massif, blanc lui aussi, surmonté d'une ample moustiquaire. Des draps épais déborde un corps qui semble prisonnier de la matière. C'est la reine de ce monde, vieille et malade, victime d'un sortilège qui lui a ravi jeunesse et beauté. Elle partage sa captivité avec trois colombes qui sont parties pour habiter là l'éternité. Par un petit goulot, arrivée des enfants vêtus de blanc. Pressés devant le lit, ils apprennent par les serviteurs de la reine qu'un mage malfaisant lui a volé le secret de sa jeunesse. Les trente petits lutins sont chargés d'une mission : capturer le mage et retrouver l'animal magique qui rendra vie à la reine. L'histoire n'est pas loin de la Belle au bois dormant. Le voyage peut commencer.
Les enfants quittent la chambre royale par un boyau qui s'ouvre du fond de la coupole, et partent à la recherche du mage maléfique. Ils passent dans un espace plus ouvert, de plafond assez bas -la salle basse d'un des palais de l'Alhambra de Grenade. Les quatre espions que nous sommes quittent les hublots pour s'asseoir à hauteur d'une ouverture ménagée dans le mur. Peu de lumière encore, mais déjà la sensation que tout dans l'espace sera de blanc. Les serviteurs de la reine rassemblent les enfants, assis sur des coussins de lin, autour d'une table basse pleine de livres. Le mage est invisible. La seule façon de l'identifier est de reconnaître les sons qui accompagnent ses passages (dans une maison, un bois, une rue. . .). Les enfants doivent le cerner en devinant les sons qu'il produit. Au terme de cette première recherche, il s'agit de le combattre frontalement et de le capturer. Il ne tarde pas à apparaître au loin, en transparence, derrière l'un des murs de l'espace. Pris dans une lumière crue, il ressemble à un ange déchu, inquiétant et fascinant à la fois. Commence alors un vertigineux combat avec le mage, stylisé dans une danse tourbillonnante. Pris dans une rythmique à consonance africaine, les enfants imitent les pas et les gestes du mage. Épuisé, il finit par être bâillonné et accepte de rendre l'animal magique de la reine. Surgit alors Corsario, le majestueux cheval aux mille pas de danse qui ne tarde pas à rejoindre le lit royal. Les enfants repassent dans la coupole et découvrent la reine, dans la beauté de ses vingt ans, juchée sur les flancs du beau Corsario. Retour dans les «loges», l'épreuve est terminée. Les enfants quittent l'autre monde, ils retrouvent leurs cris et leurs maîtresses pour rentrer à l'école.
29 avril Sortant du «spectacle» (le mot ne va pas, mais je n'en vois pas d'autre pour le moment), il faut commencer par se réhabituer à la réalité. Apprendre à quitter cette espèce de douceur qui baigne l'espace et le temps depuis une heure- qui pourrait n'être qu'une mi

Bruno TACKELS,
Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : expérience
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : enfant, expérience, Italie, journal,
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), SOCIETAS RAFFAELLO SANZIO (compagnie de théâtre),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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