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Bénéficiaire du programme de la "Villa Médicis Hors les murs" en 1996, le vidéaste présente les projets réalisés lors de son séjour à Rio
L'artiste comme faux journaliste
Sur les plages brésiliennes, Olivier Zabat recueille des témoignages et révèle la violence urbaine des mégalopoles sud-américaines.
Olivier Zabat : Zona Oeste a été réalisé dans le cadre du programme "Villa Médicis Hors les Murs" que j'ai obtenu en 1996. Je suis donc parti au Brésil en 1997. J'avais déjà eu un premier contact sur le mode touristique avec ce pays en 1994. J'avais obtenu cette bourse avec un projet, on va dire d'art plastique, qui consistait à faire des témoignages filmés de personnes sur les plages de Rio. Le sujet de ces témoignages était effectivement la violence urbaine à Rio. Il avait été choisi du fait de son omniprésence dans les conversations qu'on peut avoir là-bas. J'ai donc filmé différents types de personnes de catégories sociales diverses, ce qui a pu donner le genre de résultat comme la vidéo La femme est sentimentale que nous avons vu ce soir. La violence urbaine est présente à Rio par indices, c'est-à-dire par des petits signes, par le discours des gens, toujours emprunt d'une certaine peur, parfois par quelques tirs qu'on peut entendre de loin dans une favela. Après, je me suis trouvé face à une première question qui consistait à savoir si je devais en rester à cette simple vision que je m'étais faite sur les plages, ou s'il était nécessaire de me rapprocher de cette violence. Parallèlement, j'ai commencé à travailler avec un journal local en tant qu'observateur. Il s'agissait d'un journal de faits divers, vu essentiellement par des personnes défavorisées, et qui fait un bilan quotidien des crimes survenus la nuit précédente. J'ai donc vu le résultat quotidien de ce que peut être une guerre de gang, c'est-à-dire voir essentiellement les cadavres , les filmer et les photographier. J'ai réalisé la première partie du film Zona Oeste. Ce sont ces conditions qui m'ont amené à travailler sur ce que j'appelle plus largement un film. En effet, j'ai commencé à tourner ces images un peu spontanément avec l'aide de deux brésiliens, ne sachant pas vraiment ce que je comptais obtenir puisque j'étais ignorant du résultat que j'allais avoir devant les yeux. Cela a donné cette première partie hybride. Je suis revenu en France, et c'est là que je me suis posé la question de la manière dont ces images pourraient être livrées au public, sachant qu'il s'agissait d'un programme de résidence de l'AFAA, et que les images filmées n'étaient pas vraiment à la faveur du pays qui m'avait accueilli. J'ai donc imaginé le travail comme une rechercher de solution. J'ai ainsi essayé de dépasser le cadre de la simple interview, ce qui implique que je me retrouve "intégré" dans une communauté, donc avec des rapports affectifs, d'hospitalité.
Pascal Beausse : Dans la plupart de tes films récents, tu utilises une construction en séquences : un triptyque pour Zona Oeste, et, pour Miguel et les mines, six parties. Par là, il me semble que tu tentes non pas de cerner une situation mais de multiplier les angles d'approche. Cette succession se dispense de narrativité, mais permet d'entrer dans les questionnements propres aux situations envisagées.
OZ : Je dois dire que je travaille sans scénario. On est plus proche de l'improvisation. Par exemple, dans la première partie de Zona Oeste, tout ce qui est "joué" par les personnes est improvisé. Je ne travaille pas sur le scénario mais plutôt sur la recherche : je cherche des articulations entre plusieurs images.
PB : Il y a beaucoup de paroles dans tes films, mais tu n'y apparaît pas comme un interviewer.
OZ : Non. Dans les trois films, il s'agissait de postures différentes. Dans la première partie, ma maîtrise du portugais ne me permettait pas de mener de front une interview avec quatre jeunes des favelas. J'avais un questionnaire basique mais très peu de contrôle sur la situation puisque je ne pouvais pas partager des paroles avec eux. J'ai supprimé mes phrases puisqu'il ne s'agissait finalement que de phrases servant à relancer, à établir une communication. Elles ne me paraissaient pas du tout indispensables. Dans la troisième partie, il fallait assumer une conversation, un tête-à-tête.
PB : Dans la première partie de Zona Oeste, il y a une dimension de mise en scène par ces jeunes. Que fais-tu de cette dimension ?
OZ : Tout ceci s'est passé dans un climat d'affrontement entre gangs. Il y avait donc de toute manière chez eux une grande nervosité.
PB : Ce qui est intéressant, c'est qu'on approche des gens qui vivent très concrètement cette réalité sociale. Mais, en même temps, tu évites l'accumulation d'informations qui n'est manifestement pas ton objet. On a finalement très peu d'éléments sur le lieu, l'identité des personnes, etc.
OZ : Je n'avais aucune intention d'être porteur d'informations puisque je ne connaissais la situation que de manière fragmentaire.
PB : Dans Zona Oeste, on a donc une succession d'interview. Dans d'autres de tes films, comme Miguel et les mines, cela passe aussi par le biais de la métaphore.
OZ : Oui, mais il y a parfois un petit malentendu entre les métaphores parce que cela gêne les dispositifs qui sont mis en place et qui ne sont pas des images mentales. Miguel et les mines évoque une personne formée à une éventuelle extraction de zones minées. Elle est donc dans la situation particulière de prendre part à un film tout en étant formé à des gestes singuliers.
PB : J'aimerais que tu nous parles de ton expérience du montage. Te confrontes-tu à des formats existants ?
OZ : J'essaie de travailler de la manière la plus logique possible. Par exemple, quand j'ai quelqu'un en face de moi qui a une opinion marquée, je supprime tout ce qui est de l'ordre de l'affirmation. Je n'aime pas ce qui est unilatéral.
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PB: Lorsque vous dialoguez ou mettez en place un contact humain pour travailler, on vous demande : "qu'est-ce que vous êtes?" ou "êtes-vous journaliste ?". Comment gérez-vous cela ?
OZ : En ce qui concerne Zona Oeste, il était très difficile de me présenter comme un artiste, et, de toute manière, ce n'était pas nécessaire. Il était juste nécessaire de me présenter comme quelqu'un de l'image pour qu'ils aient une certaine liberté, celle de se montrer tel que eux le souhaitaient aussi. C'est-à-dire que le fait de laisser un certain flottement sur le statut de ces images leur a laissé une liberté. Ils sont plus allés dans le sens de l'interview. Ils sont plutôt dans le nihilisme et leurs propos relèvent alors plus de l'effet de groupe. Par ailleurs, il me semblait nécessaire de commencer sur le mode de l'interview pour qu'ils me parlent simplement de leur vie, et afin que je connaisse mieux mon sujet.
Publié le 2003-03-27
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : propos recueillis
Thème(s) : vidéo,
Mot(s) Important(s) : Brésil, violence, urbain,
Artiste(s) : Olivier ZABAT (vidéaste), Pascal BEAUSSE (critique),
Passage(s) : Espace Paul Ricard Paris 75008 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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