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Neuve initiation au silence
Moignon pourri ton aile volera
La chorégraphe Isabelle Esposito invente des mouvements chaotiques venus de danseurs aux allures de pantins qui aimeraient parler mais qui se taisent.
Avec Moignon pourri ton aile volera, Isabelle Esposito fait ânonner le corps des interprètes (Maxence Rey, Edwine Fournier, Orane Steinberg, elle-même enfin) qui semblent vaciller au bord du gouffre, telles des marionnettes sans fil (1). La chorégraphe, qui a reçu une formation d'acteur, entend tordre le cou au langage et privilégie, de son propre aveu, «la densité du danseur au mètre carré sur celle du comédien». Il n'est pas négligeable qu'en ces jours où la danse est de plus en plus bavarde, ce soit quelqu'un venu du théâtre qui lui intime à nouveau silence.
Dans un décor monacal, ces personnages aux yeux ronds, coiffés de perruques, dodelinent de la tête comme ces chiens kitsch à l'arrière des voitures. Ils voudraient parler, mais ils se taisent. Ceux-là n'ont, à coup sûr, pas encore trouvé leur place. Ils titubent face à la lourde tâche d'exister seuls, sans les mots. Une souillon, vêtue d'une blouse grise, tord une serpillière gorgée d'eau, dans un seau. Elle lave le sol avec des gestes désordonnés. Elle s'acquitte de sa tâche d'un air absent. La voici soudain envahie par ses visions intérieures, sous l'espèce de trois hommes habillés de noir, tout droits sortis du Procès de Kafka, un des auteurs de prédilection de la chorégraphe. Vrais pantins sans les ficelles censées les faire bouger, ils avancent, vulnérables, pas sûrs d'eux. Leurs jambes tremblent. Leurs bras, parfois, s'élancent sans calcul apparent si bien qu'ils ratent leur but. Contraints de marcher ensemble, ils avancent à grands pas incertains. Puis une femme entre en scène. Elle agite un couteau tenu d'une main molle. Bref, tous perdent pied dans le présent. La chorégraphe dissèque et recompose ces corps angoissés, tout en chaos intérieur, qui s'agitent comme les hystériques de Charcot à La Salpêtrière. A jardin, une table couverte d'une nappe blanche rappelle un autel. La référence biblique se voit torpillée par la présence de ces robots qu'on dirait simples d'esprit. Ils entrent et sortent en flageolant, au fil de courtes saynètes, qui manquent, hélas, de liant. La pièce est décousue. On ne sait donc pas trop où Isabelle Esposito veut nous conduire, mais l'étrangeté des visages, celles des attitudes, valent le détour.
(1) C'est à la Biennale de danse du Val-de-Marne qui se termine le 3 avril.
Moignon pourri ton aile volera a été créé en juin 2001 au Théâtre de l'Echangeur à Bagnolet. En 2003, Isabelle Esposito créera Penthésilée-Penthésilée de bouche en bouche sur un texte d'Heinrich von Kleist, à Mains d'œuvres où elle est actuellement en résidence.
Muriel STEINMETZ,
Publié le 2003-04-03
Source Texte : 2611
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Muriel STEINMETZ (rédacteur), Isabelle ESPOSITO (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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