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Nous avons à inventer la perspective


Modes de représentation



Mouvement a consacré un dossier au critique Jean-Marie Pontévia dans lequel est publié cet extrait des «Ecrits sur l'art et pensées détachées», tome I, «La peinture, masque et miroir», où il interroge sa pratique de l'écriture.


(. . .) La complexité croissante des systèmes de représentation a bien pu accroître considérablement la part d'illisibilité, nous ne pouvons pour autant méconnaître leur persistance, et nous ne le pouvons pas, parce que, si enchevêtrés que soient les filiations, les héritages, les traditions, les survivances, c'est cette texture embrouillée qui constitue la trame où se tisse notre propre histoire; car, si réfractaires que nous soyons à ces mots contraignants, nous n'en continuons pas moins à sécréter une histoire, aussi obstinément que l'araignée sa toile, et quand bien même cette histoire serait devenue si dense, et si ramifiée, si entremêlée que nous nous découvrions pris à nos propres mailles, -nous n'en restons pas moins soumis à l'exigence d'une pensée systématique; si forts qu'aient pu être les effets de rupture ou si stoïques les efforts pour s'acclimater à l'air raréfié de la contingence- nous n'en connaissons pas moins une vraie fringale de théorie, que ne satisfont ni les improvisations impatientes qui s'affublent du masque de la nouveauté, ni l'écho intermittent d'un discours qui a fait le voeu impossible de la non-discursivité. (Car que gagne t-on à passer d'un discours rationnel à un discours rationné?)
Ce qu'il nous faut, bon gré mal gré, soutenir, c'est l'utopie d'un discours qui prétend, en dépit de sa linéarité, rendre raison de la stéréoscopie de son objet; difficulté classique en peinture: nous avons à inventer la perspective. Cela peut sembler anachronique que de vouloir instituer dans l'ordre du discours ce à quoi la peinture a fini par renoncer. Mais cela ne paraîtra tel que si l'on néglige ce que Klossowski appelle les «idiomatismes» de chacun de ces deux modes d'expression que sont l'écriture et la peinture. Car si la perspective peut apparaître comme une solution tout à fait compatible avec la contrainte imposée par la peinture par la simultanéité de ses parties, il n'en est aucunement de même pour un mode d'expression qui, comme l'écriture, est soumis à la successivité; la peinture a pu tenter d'échapper à la simultanéité en recherchant la mobilité ou la fragmentation. Mais, l'écriture, elle, est toujours mobile et fragmentaire. L'éclatement est pour elle un risque familier ; ce qui lui est étranger (et, par conséquent, ce qu'«elle doit s'efforcer de conquérir et de compenser» c'est la multiplicité simultanée des points de vue. (. . .))

Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : esthétique,
Mot(s) Important(s) : discours, écriture, perspective, visible,
Artiste(s) : Jean-Marie Pontévia (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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