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La danse, un acte social

Histoire de la danse Jazz

Chapeau : Du charleston au lindy hop, des grands orchestres swing aux claquettes, des figures de danseurs mythiques de Broadway ou de Hollywood à la scène de récital ou aux clips vidéos, Eliane Seguin retrace dans Histoire de la danse jazz les principales phase et les grandes figures de cette danse.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Apparence :

Camille MOULONGUET rédacteur
Eliane SEGUIN auteur

Texte : Eliane Seguin, dans le livre paru chez Chiron récemment « Histoire de la danse jazz », retrace la complexité insoupçonnée « d'un des legs les plus important de l'Amérique à la danse du XXe siècle », la danse jazz. Eliane Seguin, co-directrice de la compagnie de ballets jazz Rick Odums et professeur à l'université Paris IX Dauphine expose cette forme artistique sans jamais l'isoler de ce dont elle est pétrie. Cette histoire singulière s'est construite autour des rapports passionnés entre deux cultures explique-t-elle et a donné lieu à l'émergence d'une danse vernaculaire américaine, tissée dans sa culture et dans son histoire. A la différence de la rupture idéalisée par la danse contemporaine, la danse jazz emprunte, cite et se nourrit de tous les temps. Eliane Seguin pose la préhistoire de la danse jazz au XVIIe siècle autour de deux dates, 1619 : le début de la présence africaine dans les colonies de la Couronne et 1660, le début du trafique d'esclaves en tant que tel. Dans les civilisations africaines, la poésie et la danse étaient indissociables de la musique, et ces arts eux-mêmes étaient liés à la vie quotidienne. Ce lien avec le mode de vie confère aux danses afro-américaines un caractère pragmatique, elles évoluent de façon permanente sur le mode de création subtile qu'est l'imitation. Le livre d'Eliane Seguin n'ignore jamais ce fil conducteur et traduit la mémoire de la société américaine à travers l'évolution de cette forme artistique. Le XIXe siècle révèle de façon évidente les contours d'une transformation fondamentale dans la pratique de la danse et donne lieu à une expression proprement africaine américaine raconte-t-elle. Les années 1920-1940 sont celles de l'age d'or du jazz traditionnel. 1919, la prohibition est votée, le KKK est réorganisé, l'Amérique puritaine se thématise et s'idéalise. Les artistes de la « génération perdue » Francis Scot Fitzgerald, Ernest Hemingway ou Gertrud Stein, préfèrent s'exiler à Paris pendant qu'une autre partie de la population résiste. Le jazz expression identitaire de l'homme noir, devient alors pour la jeunesse le symbole de la modernité explique Eliane Seguin. Le New York Time déclarait en 1926 : « Le jazz fait partie de cet esprit anarchique qui se manifeste dans de nombreux aspects de la vie, mettant en danger notre civilisation dans sa révolte générale contre l'autorité et l'ordre établi». Les années 40 signent quoiqu'il en soit selon Eliane Seguin un moment de rupture esthétique. Le jazz traditionnel avec sa relation symbiotique entre la musique et la danse, celui du Swing et de Fred Astaire décline en même temps que l'engouement pour le ballet s'enflamme et évince la danse populaire analyse-t-elle. Pour certains c'est le moment où la danse jazz proprement dite cesse d'exister. Le Jazz moderne devient une musique de concert, une musique à écouter et non plus à danser. Mais c'est aussi le moment où les danseurs de Jazz revendiquent un vrai statut d'artiste comme Katherine Dunham et Pearl Primus. La militante Katherine Dunham évoque pourtant cette institutionnalisation avec amertume : « Après de multiples efforts pour parvenir à une décision finale quand je pense à la danse, j'ai décidé qu'elle n'est pas une technique mais un acte social et qu'elle devrait retourner à l'origine dont elle provient, c'est à dire au cœur et à l'âme de l'Homme ainsi qu'à sa vie sociale. » Puis le moderne Jazz émerge comme une technique à part entière sur la scène des sixties, c'est la période de l'affirmation et du rayonnement avec les grands chorégraphes de Broadway : Bob Fosse, Michael Bennett et Gower Champion. Un chapitre spécial de cet ouvrage est consacré au « modern jazz » en France avec les différentes filiations de Katherine Dunham, de Matt Mattox, et l'influence du courant de Los Angeles véhiculée par Rhéda. Pour Eliane Seguin, la danse Jazz en France « manifeste cependant bien des signes d'une crise identitaire tandis que le terme générique qui la désigne devient un vaste fourre-tout pour les formes dansées interdites de séjour sur le territoire des danses classique et contemporaine ». « L'histoire de la danse jazz » restitue les principales phases et les grandes figures de cette danse en s'attachant aux significations qui replacent le créateur ou son œuvre dans le mouvement culturel de la réalité historique.

Eliane Seguin, Histoire de la danse jazz, Editions Chiron, 2003, 224pp., 22 euros.

Date de publication : 10/04/2003


Inséré le : 08/04/2003 00:00
Thèmes : danse, écrits, écriture,