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Histoire d'édition


Publication des textes de Jean Marie Pontévia



Entretien avec Jean-Paul Michel, fondateur des éditions William Blake & Co, à l'initiative de la publication des textes de Jean-Marie Pontévia.


Mouvement : Pour quelles raisons avez-vous d'abord décidé de publier ce texte au milieu des années quatre-vingt?
Jean-Paul Michel : J'ai été l'étudiant en philosophie de Jean-Marie Pontévia de 1966 à 1973 à l'université de Bordeaux III. Rapidement nous sommes devenus amis. À cinquante deux ans, il a été foudroyé par un cancer. Je savais qu'il travaillait à «son» esthétique. Lorsque je lui ai dit mon intention de publier ses notes, alors qu'il était malade, il m'a répondu: «Tu ne trouveras rien». Il avait à l'esprit une recherche qui était encore, à ses yeux, à l'état d'esquisse. Découvrant les textes, j'ai vu qu'il y avait là une pensée non seulement originale mais aussi fondamentale. Pontévia n'est pas didactique. Il va à l'encontre de bien des philosophes qui tout en parlant d'art, n'en font qu'une entité abstraite leur permettant de servir leur discours. Pontévia avait un rapport intime et assidu aux oeuvres, il leur porte une attention minutieuse. C'est à partir d'elles qu'il écrit. J'ai proposé les textes de Pontévia à plusieurs maisons d'édition, aucune n'a pris le risque de publier ces notes et fragments d'un inconnu. J'ai donc pris la décision de publier moi-même ce discours lucide et rigoureux qui ne tente pas de s'ériger en discours d'autorité.


Mouvement : Ainsi, «Les Écrits sur l'art et pensées détachées» de Pontévia sont bien loin d'une esthétique «universitaire». La force du texte ne réside-t-elle pas dans la difficulté assumée de penser l'art sans la cacher derrière une glose rigide?
Jean-Marie Pontévia ne répondait pas exactement à l'idée que l'on a souvent d'un «universitaire». Ce n'était pas non plus un orateur. Il donnait l'impression de parler en «état de rêve éveillé», cherchant tout en parlant d'une voix basse, monocorde. Cette recherche était le témoignage d'une exigence qui ne se retranche pas derrière des impératifs ou des conventions «pédagogiques». Il en est de même des textes que je réédite : aucun système n'est défendu, Pontévia s'appui sur d'autres pensées pour tracer son propre cheminement. L'art n'est pas un prétexte à un discours totalisant, c'est au contraire un défi: Pontévia s'attache à jouer le visible contre le lisible. Mesurant la distance qui sépare les images du discours, il invente un langage. S'il affirmait qu'une science esthétique devait voir le jour, ce n'est pas dans l'innocence d'une fascination pour le systématisme scientifique. Ses écrits ne sont pas un traité de rhétorique picturale, ils témoignent d'un goût pour la formalité et l'analyse tout en désignant leurs limites. En effet, sans ruse rhétorique ni mysticisme, Pontévia fait exister l'impossibilité d'un discours parfaitement adéquat et invente un langage qui respecte la singularité de son sujet/objet: c'est ce qui fait sa richesse, son originalité et aussi sa difficulté.

Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : esthétique, philosophie,
Mot(s) Important(s) : philosophie, critique, discours,
Artiste(s) : Jean-Marie Pontévia (philosophe), Jean-Paul Michel (philosophe), Léa GAUTHIER (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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