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Les «bribes de sens» de l'analyse esthétique


Discours sur l'art



La réédition du troisième tome des «Écrits sur l'art et pensées détachées» est l'occasion de porter l'attention sur Jean-Marie Pontévia. Son oeuvre possède la discrétion de la finesse intellectuelle; elle révèle un savoir qui n'a pas à se faire emphatique pour exister.


«D'une façon générale toute tentative de mainmise sur l'art de la part d'une forme ou d'un autre de discours explicatif ou herméneutique sont des échecs.»(1) Ce n'est pas dans l'acharnement d'un discours autoritaire sur l'art que quelque chose peut être dit de l'art, mais uniquement dans la mesure où l'art est une mise en demeure de la parole; c'est-à-dire qu'il exprime de près ou de loin quelque chose qui la concerne. Pontévia part de l'irréductibilité du discours et de l'art. Les structures du discours ne peuvent être plaquées sur les structures picturales car elles reposent sur des principes distincts. Si tel est le cas, le discours manque sa cible, il annihile la singularité artistique, ne parle finalement que de lui-même, prenant l'art comme prétexte. L'affirmation d'une différence réelle du discours et de l'art, ne revient pas davantage à valoriser l'art au détriment du langage en l'indexant d'une vérité ontologique supérieure, comme ont pu le faire les phénoménologues. La raison produit alors, sans pouvoir le fonder, un ailleurs vers lequel le langage pourrait tout au plus faire signe, en creux. L'art dévoilerait un rapport originaire au sensible, par l'expérience artistique mais dont celle-ci n'aurait pas la primeur puisqu'il appartient en puissance à toutes expériences sensibles. Sous cet angle, l'art devient le fantasme de la raison esthétique.
C'est entre ces deux écueils que se forge le questionnement de Pontévia:
«Comment constituer un discours sur l'art qui respecterait les deux conditions suivantes:
1) il ne prétendrait pas«expliquer» les oeuvres d'art, mais au contraire tirer d'elles un «enseignement»;
2) il ne ferait pas pour autant de l'art un système de signes (le Beau signe du Bien, la beauté symbole de la moralité, etc.) renvoyant à une source de sens elle-même inaccessible?»(2)
Si l'on veut cerner le sens des oeuvres d'art il ne s'agit donc pas de projeter sur elles des grilles analytiques qui leur échappent.
En ce sens, l'histoire de la pensée de l'art apparaît aujourd'hui comme l'histoire d'une erreur:
«Ni «Vérité», ni «mensonge»: un «autre langage».
1) Platon pose d'emblée le problème de la peinture dans sa relation à la vérité («République», livre X);
2) Depuis Platon la question a semblé se renverser. La peinture n'est plus définie dans son rapport au mensonge, mais au contraire comme un mode d'avènement de la vérité (Hegel, Heidegger);
3) Ce renversement masque peut-être la vraie difficulté : peut-être l'art est-il sans rapport à la vérité, peut-être est-il également absurde de l'identifier à un mensonge ou à un mode de révélation du vrai. Si le langage que parle l'art est essentiellement celui du désir alors il faut dire (. . .) que c'est d'un autre langage dont il importe de découvrir les structures.»(2)
Si la vérité appartient à l'ordre du discours et le désir à celui de l'art, il est vain de placer l'art dans un rapport à la vérité. Pourtant, l'art comme sujet / objet du discours ne peut échapper au rapport de vérité, et comme les structures du discours n'appartiennent au mieux que marginalement à l'art, la réalité de l'art se retire logiquement du discours. On comprend dès lors la difficulté théorique de la possibilité d'un discours sur l'art qui refuse de mystifier l'art, comme il refuse de le figer dans un formalisme rigide: le discours théorique ne peut échapper à son rapport constitutif à la vérité, et l'art ne peut inclure ce rapport sans être dénaturé.
L'opposition frontale des termes du problème amène la pensée au cercle logique et devient intenable.


UNE ÉCRITURE FRAGMENTAIRE
À ces refus correspondent deux impulsions de la pensée de Pontévia. D'une part, si les structures du discours ne sont pas celles de l'art, les structures de l'art existent: c'est la raison pour laquelle une certaine histoire de l'art est possible. Les permanences et les ruptures de ces structures sont repérables à travers une analyse diachronique, circonstanciée (en fonction des divers paramètres idéologiques qui déterminent l'oeuvre), détaillée des oeuvres. C'est pourquoi l'esthétique peut a

Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : philosophie, esthétique,
Mot(s) Important(s) : philosophie, art, critique, langage, visible,
Artiste(s) : Jean-Marie Pontévia (philosophe), Roland BARTHES (philosophe), Léa GAUTHIER (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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