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Contaminations à doses homéopathiques


Entretien avec Dominique Gonzalez-Foerster



Dominique Gonzalez-Foerster évoque ici les micro-résistances dont l'art est porteur, dans la simple capacité à produire «une forme d'autonomie et de liberté par rapport aux structures autoritaires».


Comment expliquez-vous le fait que peu de plasticiens contemporains interviennent sur la scène publique, aux côtés d'autres artistes tels des cinéastes, chorégraphes, musiciens ou comédiens, voire aux côtés des «sans papiers»?
Dominique Gonzalez-Foerster : C'est pour creuser cette question que nous avons réalisé le dossier «Politics» dans «Purple». À part participer à des manifestations, de manière anonyme, je n'ai pas trouvé l'attitude juste. Et ça, je le sens chez beaucoup d'artistes. En fait, il y a une peur du pouvoir sous toutes ses formes. Je nous vois tous excessivement précautionneux dans notre rapport au monde. Cela paraît tellement difficile d'avoir une parole juste, qui ne soit pas non plus juste une parole, une parole qui ne consisterait pas seulement à dire «il faut faire ceci ou cela», «oui à ceci», «non à cela». Nous sommes nombreux, et c'est ce que j'ai essayé d'aborder dans le texte «Politics», à avoir une sorte de pratique politique au quotidien, dans la proximité, avec des gens très proches, mais pas forcément une pratique qui s'exprime à voix haute dans l'espace public. Ce qui en fait une pratique quelque peu invisible. Il y a donc ce manque de visibilité, et en même temps, chez moi, la méfiance par rapport à toute forme d'organisation est innée. J'ai trop vu ce que donnent les groupes. Pourquoi trouve-t-on d'ailleurs le plus souvent des hommes pour mener ce genre d'actions? Pourquoi une prise de parole même juste peut-elle aussi devenir un abus de pouvoir? (. . .) Toute la difficulté, c'est d'être dans la pratique et non pas dans la représentation. Pour ce qui me concerne, il y a une forme de résistance pratique, une manière d'être dans l'espace social et d'être en général qui sont encore à venir. Il y a encore un très gros travail à faire, un développement à trouver à cette question. Mais je ne peux parler que pour moi.


Vous en tant qu'artiste? Que peut faire l'artiste?
Dominique Gonzalez-Foerster : Postuler en tant qu'artiste une sorte de rapport d'égalité avec le spectateur, penser la position du spectateur, l'oeuvre, l'exposition comme quelque chose qui ne serait ni une forme d'endoctrinement, ni quelque chose qui agirait seulement sur les sens, et combiner dans une oeuvre des dimensions à la fois sensorielles et signifiantes, représente déjà, à mes yeux, un enjeu politique. C'est un enjeu fort que de rendre l'autre plus existant dans un contexte d'exposition. Dire qu'une oeuvre ne devrait jamais se poser comme modèle, ni comme situation dominante, c'est aussi une vraie question. Même si je suis bien consciente que la plupart des visiteurs de ces expositions sont pour la plupart déjà acquis à tout ça. Si certains de ces dispositifs peuvent stimuler des pensées, je sais aussi que ceux que ça pourrait faire réagir le plus ne viendront jamais. C'est un enjeu, mais il reste limité. (. . .)


Cette prise en compte de l'autre et du travail de l'autre, toujours présente dans votre démarche, vous a conduite à adopter une attitude que vous qualifiez vous-même de méta-artistique. Cette attitude peut-elle constituer une forme de résistance?
Dominique Gonzalez-Foerster : Oui, mais de manière infime parce que les lieux dans lesquels je travaille et les gens avec qui je travaille sont déjà sensibilisés. En même temps, il y a des contaminations qui se font, qu'on ne mesure pas forcément et qui dépassent les milieux et les cercles de l'art. Il y a des idées, des sensations, des rapports à l'art qui se diffusent quand même, malgré tout, à doses homéopathiques. De toute façon, même à l'intérieur de ce qu'on appelle l'art contemporain, la terreur règne. Même si je suis convaincue que c'est un superbe laboratoire de recherche, je constate qu'il reste très masculin, que la loi du plus fort y domine, et que malheureusement, comme tous les milieux, celui de l'art n'est pas à l'abri des stratégies de domination, de terreur, de pouvoir, même si elles prennent ici d'autres formes. En tout cas, je m'emploie déjà, à ce niveau-là, à essayer de changer les choses. Ce qui est fondamental, c'est de se rendre compte que

Karine VONNA,
Publié le 2000-10-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : art plastique, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : art plastique, engagement, espace public,
Artiste(s) : Karine VONNA (rédacteur), Dominique GONZALEZ-FOERSTER (plasticien), Jean-Luc VILMOUTH (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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