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Une famille Destroy
RitterDeneVoss, de Thomas Bernhard
Chapeau : Hans Peter Cloos, là où il travaille, installe son monde. Et son monde est d'art. Il a monté entre autres Wedekind, Brecht, Müller, mais aussi
Wintereise de Schubert. Il vient à Thomas Bernhard dont la pensée a été comparée à un virus. À l'Athénée du 9 avril au 10 mai.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 2003
Hans Peter CLOOS Metteur en scène
Mari-Mai CORBEL rédacteur
Thomas BERNHARD auteur
du 09/04/2003 00:00 au 10/05/2003 00:00
Salle : Athénée Théâtre Louis-Jouvet (9e)
7, rue Boudreau
Square de l'Opéra Louis-Jouvet
M° Opéra, RER Auber
01 53 05 19 19
Paris 75009 France (Ile-de-France)
Jusqu'au 10 mai 2003
Texte : La pièce de Thomas Bernhard
RitterDeneVoss, du nom de trois des acteurs ayant crée ses pièces, est publié en français sous un titre plus fidèle au contenu:
Déjeuner chez Wittgenstein. Cette pièce reprend deux plus tard et en la déformant la thématique du Neveu de Wittgenstein (1982).
Les Wittgenstein, grande famille autrichienne, en symbolisent la quintessence: une fortune hybridant culture musicale et industrie de l'armement.
Thomas Bernhard les connut par Paul, neveu de Ludwig Wittgenstein, le célèbre philosophe. Paul, dandy génial, se ruinait pour courir les opéra. Interné par sa famille, il en mourut. «
Paul a mis en pratique son cerveau, Ludwig l'a publié» écrit l'auteur. Dans le récit, Thomas Bernhard se fait son avocat. Mais plus subtile est la pièce. Uno: le personnage de Ludwig est possédé par l'esprit de Paul, par ses idées. Secondo: lui et ses sœurs sont surnommés de nom d'acteurs. Tertio: l'hôpital psychiatrique est d'un coup de baguette une clinique suisse. Ce sont les Wittgenstein et leur folie, que Thomas Bernhard en magicien exorcise. Fidèle à son style, il compose une partition avec leitmotiv : l'art dramatique, les tableaux, Beethoven...
Hans Peter Cloos confie l'interprétation à trois comédiens de renom et aux voix singulières : Edith Scob, Catherine Rich et Pierre Vaneck.
Le rideau de scène, doré à la manière d'un Klimt, campe la Vienne artistique qui sert de façade à une société délétère. La scène est éclairée en demi teintes. En fond de scène, remisé, un panneau peint d'un rideau rouge avec ses pompons ors. Des portraits de famille, mauvais Marie Laurencin ou piètres Otto Dix, sont suspendus aux cintres. Leurs couleurs sont en de secrètes correspondances avec les costumes. Dès les premières répliques d'Édith Scob et de Catherine Rich, la planète Thomas Bernhard est là. Hans Peter Cloos met en scène le théâtre comme art, l'art comme refus du monde. Les sœurs, éternelles jeunes filles apeurées par la vie, vivent coupées du dehors, s'enfermant dans le texte de théâtre. Acte I: elles mettent interminablement la table, plient et déplient des nappes blanches. Fin de l'acte II, à la scène des profiteroles – un morceau d'anthologie – Voss s'insurge contre les repas de famille
en général. Le dessert, c'est aussi l'annonce d'une fin, de la mort. Voss arrache la nappe, projette de blanchir les murs, déplace l'horloge. Ce sont de menues conjurations contre le processus mortel de la vie et l'ennui abyssal qui le cerne. Pour lui, vivre c'est produire un énième pavé de philosophie mathématique. Rien ne l'inspire autant que la bêtise pour penser
en général mais la bêtise le tue. Voss tire à bout portant ses sentences. Dene est mortifiée et Ritter se soûle. Entre eux, des mots, rien que des mots. En trente ans, rien ne s'est passé. L'enfance a pourri sur pied et remporté ses promesses exaltées. Ils sont trois petits personnages - trois acteurs qui se défendent.
RitterDeneVoss, est une petite musique, un air enrayé, comme chez un enfant qui chantonnait seul et s'est glacé, la suite des paroles à jamais sur le bout de la langue. Cet enfant, plus tard, fétichise peut-être la musique comme Voss vénère la
Symphonie héroïque. Thomas Bernhard, devenu Grand Auteur Contemporain, s'est vengé d'une société fermée, codée, qui le rendait fou d'exaspération, comme Paul. Avec Hans Peter Cloos, il redevient l'enfant-shaman qui jouait aux marionnettes et qui parlait d'un monde où tout était langage, pathos oratoire, comédie d'adultes.
Date de publication : 24/04/2003
Inséré le : 23/04/2003 00:00
Thèmes : théâtre,