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Chapeau : La Cité de la Musique consacre cette semaine un « Domaine privé » au Suisse Heinz Holliger. Né en 1939, celui-ci s'est imposé comme un hautboïste de génie et un chef d'orchestre de premier plan mais son œuvre de compositeur, à l'écart des modes et sur des chemins escarpés, est encore peu connue.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Heinz HOLLIGER musicien
David SANSON rédacteur

Texte : Jusqu'à mardi prochain, le Suisse Heinz Holliger est l'hôte de la Cité de la Musique. 6 concerts et, le samedi, un « Forum » proposant un film documentaire, une table ronde et un concert confrontant l'œuvre Voi(x)es métallique(s), pour percussions, et les chants mongols de Bayarbaatar Davaasuren : c'est à la fois beaucoup, et trop peu pour faire le tour du « Domaine privé » de Holliger. Car le propre de Holliger est d'avoir justement œuvré dans de nombreux domaines : la pratique instrumentale (il est l'un des très grands hautboïstes de notre temps), la direction d'orchestre, la composition. Et même dans ce dernier domaine, la démarche de Holliger, que le programme de la Cité situe «dans le prolongement de la quête d'absolu du romantisme allemand» (ce courant qui pourrait unir Schumann à Berg), a justement été de se jouer des limites imposés par les cadastres de l'art officiel. Même si son œuvre peut rappeler, par son aspect parfois arides les dérives cérébrales de l'avant-garde institutionnelle, elle est sous-tenue par un profond désir sensuel, dont l'objet est la musique et la matière sonore. Elle est à la fois ancrée dans la tradition – voir la Chaconne pour violoncelle seule, hommage en Bach, ou ses Gesänge der Frühe, d'après Chumann et Hölderlin ; voir aussi ce désir d'aborder des formes telles que la cantate ou l'opéra – et tendue vers des horizons encore en friche, un désir de faire éclater ces mêmes formes. Des horizons parfois désolés, à l'image du paysage neigeux dans lequel se perdit un jour l'écrivain Robert Walser, ce compatriote dont le Blanche-Neige a inspiré à Holliger un opéra qui reste l'une de ses partitions phares. À l'image des artistes qui furent ses amis ou ses inspirateurs – Samuel Beckett, ou encore le peintre Louis Soutter –, Holliger est un artiste du vertige, de la fragilité.

Ces sept journées de manifestation ont le mérite de mettre en perspective les différents déterminants de la figure de Holliger. Celui-ci y est à l'œuvre en tant que soliste ou que chef, aux côtés d'autres très grands interprètes (le pianiste András Schiff, le violoniste Thomas Zehetmair), et ses œuvres se voient confrontées à celles d'autres, très glorieux aînés : Bach, Mozart, Schumann, Schönberg. Seul le concert du vendredi 25 fait exception : à l'invitation de Holliger, l'un des meilleurs ensembles actuels sur instruments anciens, le Freiburger Barockorchester, dirigé par Gottfreid von der Goltz, proposera un programme festif regroupant des partitions de grands compositeurs de l'ère baroque : Telemann, Biber, le magnifique Zelenka, l'incontournable Bach... En clôture, le Scardanelli-Zyklus, interprété par l'Ensemble Intercontemporain et l'excellent chœur de chambre Accentus de Laurence Equilbey le mardi 29 avril, met en musique les poèmes que Hölderlin (notamment sous ce pseudonyme italianisant) écrivit après la crise de folie qui le frappa en 1805 : on ne pouvait rêver mieux que ce cycle dépouillé, voire désolé, confinant à la transparence, pour conclure en le résumant ce parcours palpitant.


« Domaine privé Heinz Holliger » A Paris, Cité de Musique, jusqu'au 29 avril. Tél. : 01 44 84 44 84 – http://www.cite-musique.fr

Date de publication : 24/04/2003


Inséré le : 23/04/2003 00:00
Thèmes : musique,