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Dans ses vidéos ou installations, Olivier Dollinger provoque la collusion entre l'espace social et l'intimité

Le double jeu de l'image

Chapeau : La galerie Chez Valentin, à Paris, présente en avril 2003 Over-drive, une expérience limite, jusqu'à la suffocation.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 21

Léa GAUTHIER rédacteur
Olivier DOLLINGER plasticien

Texte : Olivier Dollinger travaille sur les relations révélées par l'image, affirmant une dialectique du regard où se maille l'appréhension de soi et des autres. Les sujets de la plupart des vidéos sont pris dans l'étau d'une représentation préalable que la caméra vient déplacer. Ainsi, Andy, un pantin humanoïde utilisé pour les exercices de secourisme, était au centre de ses dispositifs. Andy est un leurre relationnel, un objet « pervers » sur lequel se projettent les désirs ou les fantasmes. Dans In Waiting (2002), Olivier Dollinger mène à son comble l'expérimentation. Dans une salle blanche, il laisse Andy à disposition du public et filme les réactions. Une femme d'une cinquantaine d'années s'empare du mannequin, l'embrasse sur la bouche, engage avec lui une gestuelle érotique. Deux adolescentes se livrent à un rituel sadique. Un homme déverse une violence incontrôlée, jetant le mannequin sur les parois ; lui tordant bras et tête, il procède à un lynchage de la neutralité. Un couple le place entre eux deux, se caressent doucement à travers lui. Andy acquiert l'identité qu'une histoire gestuelle lui assigne, il est re-qualifiable à merci. Les attitudes des gens sont l'esquisse de la construction d'une relation sans réponse. Elles désignent l'espace de disponibilité à l'autre, sans l'autre. Entre présence et absence, Andy est un révélateur. Objet qui se retire dans la catégorie des instruments ou se gonfle aux abords de l'humanité des charges affectives projetées, Andy est une figure impossible. Malgré les apparences, la caméra n'est pas neutre. La vidéo dit un rapport incité pour et par elle. Par-delà Andy, c'est de la représentation d'une dramaturgie de la relation dont il s'agit. Entre jeu et pulsions incontrôlées, les gens lui donnent à filmer ce qu'ils croient qu'elle attend. In Waiting renvoie finalement la caméra à ses postulats. Dans Tear's builder 1 (1998), le pantin et l'homme ne font qu'un. La question de la relation semble plus intime, l'image est une médiation de soi à soi. L'artiste filme les déplacements aléatoires d'un body-builder, dans une galerie d'art contemporain déserte. Corps d'athlète au repos, corps mécanisé par l'image, corps construit dans la main mise sociale. Seuls tiennent les regards du body-builder, comme des traces fugitives qui subsisteraient, emprisonnées dans l'apparence spectaculaire. Il marche lentement, effectue, pour bander ses muscles, des gestes improbables. Les mouvements de caméra, le temps des déplacements, induisent un glissement progressif de l'appréhension de l'image. L'espace du corps et le temps filmique rentrent en contradiction pour révéler un flottement identitaire. L'apparence de l'homme d'abord engoncée dans le cliché s'échappe progressivement renvoyant au spectateur la mécanique de son propre regard. Ce n'est plus le corps athlétique qui est instrumentalisé. La vidéo renvoie le regard à sa propre détermination. À mesure que la singularité du personnage apparaît, le regard porté se révèle à lui-même comme regard objectivé par le monde des images. Cette vidéo est l'acte du cercle vicieux de la représentation. Elle désigne l'espace où la création parvient à s'imposer spécifiquement, pernicieusement, dans le régime global des images. Du corps d'abord reconnu à l'émergence progressive de la singularité Tear's Builder 1 est un retournement perceptif.



Date de publication : 29/04/2003


Inséré le : 29/04/2003 00:00
Thèmes : arts plastiques, arts visuels, installation, vidéo,