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Conséquences d'une démission culturelle




En regard de sa lettre de démission du Teatro di Roma, cet entretien avec Mario Martone révèle les motivations de son départ et met le doigt sur la paralysie des institutions culturelles italiennes. Quand la gestion congestionne.


Mouvement : Votre démission a créé un vrai mouvement de l'opinion publique: depuis des années on n'avait pas vu des réactions si fortes. Que voulez-vous dénoncer par ce geste?
Mario Martone : Une telle réaction était inimagibable, et elle a produit un puissant réseaux de solidarité. La lettre de démission a été publiée le jour même de la première de «Il Corano» (le Coran) au théâtre Argentina. Le soir, la scène a été littéralement occupée par les travailleurs du théâtre qui ont entraîné dans la manifestation un bon nombre d'artistes. En quittant la direction du théâtre j'ai choisi de dénoncer le boycottage de mes actions par le Conseil d'administration, et l'écho de ce choix est arrivé à la une des journaux, chose très rare quand le destin des théâtres est en jeu. Cela signifie que le problème a touché un point sensible de la culture italienne, qui va au-delà de la spécificité du théâtre. Il s'agit ici du problème de la cohabitation, à l'intérieur des institutions culturelles, de deux entités séparées : d'un côté on appelle les artistes pour qu'ils imaginent des projets, pour travailler, pour essayer des innovations, mais de l'autre coté le corps gestionnaire, bureaucratique et administratif, reste toujours lié aux vieux pouvoirs et continue à contrôler fermement la totalité du vrai développement du travail.


Mouvement : De manière ce que rien ne change, avec la volonté de conserver les vieux schémas?
Mario Martone : Oui, des schémas qui tuent toutes les tentatives de changement. Ce problème n'est pas une exclusivité du monde du théâtre, mais il existe dans plusieurs institutions culturelles. En tous cas, on ne résout pas les problèmes avec la nomination d'un directeur, si ensuite il n'est pas mis en condition de travailler. En dépit du grand soulèvement et de la vague de solidarité démontrée par un grand nombre d'intellectuels, de spectateurs et de membres du théâtre, en dépit de tout ça, aujourd'hui les politiciens sont encore incapables de donner des réponses.


Mouvement : Votre découragement ne concerne pas tant la possibilité de réintégrer la direction du théâtre, que d'avoir réellement la possibilité de le diriger?
Mario Martone : Un bon exemple de la marche des choses est celui du président du Conseil d'administration donnant une interview dans laquelle il a évalué les recettes du Teatro India sans prendre en compte les entrées issues de la carte d'abonnement du Teatro di Roma, qui reste tout de même notre principale source de gain; il a aussi déclaré que la revue «La porta aperta» n'avait pas l'autorisation ministérielle, alors qu'il suffit de la prendre en main pour trouver toutes les informations. Pour nous opposer à ces calomnies, avec Carlo Fuortes, conseiller d'administration et économiste, on a immédiatement organisé une conférence de presse ; il a été le seul a garder une attitude digne en donnant sa démission. Fort heureusement, il existe un rapport officiel de l'organisme de contrôle des services publics de la mairie de Rome. Composé de représentants de tous les partis politiques, et fondé sur les bilans et sur les chiffres, il a émis un jugement décidément positif sur agissements du Teatro di Roma.


Mouvement : Qu'est-ce que vous prévoyez pour le futur?
Mario Martone : Ce qui vient de se produire montre jusqu'à quel point le théâtre italien est orchestré et régit par des castes bien définies qui n'acceptent pas l'idée que la direction du théâtre puisse s'élargir et s'ouvrir à des formes nouvelles. Dans les grands théâtres, peuvent aller seulement quelques compagnies avec des spectacles qui soient identifiables dans les formes d'un théâtre bourgeois et rassurant.


Mouvement : Et le futur de la revue ?
Mario Martone : «La porte ouverte» ? Elle s'arrêtera sans doute. Ce qui, en ces conditions, n'est que souhaitable : le pire serait qu'ils puissent se l'approprier et la dénaturer. Ce serait pire que sa fin.



Publié le 2001-01-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : rupture, Italie, Rome,
Artiste(s) : Mario MARTONE (directeur de structure), Gioia COSTA (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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