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Spectacle hybride


«La Tribu iota»



Les étudiants de la promotion 2001 de l'École Supérieure des Arts du Cirque ont présenté leur spectacle de fin d'études La Tribu iota à Paris. Pendant les répétitions Francesca Lattuada, la chorégraphe qui a mis en scène le spectacle, nous a accordé cet entretien.


Votre formation pluridisciplinaire vous aide-t-elle pour la conception de ce spectacle?
Francesca Lattuada
: Oui, énormément. Le cirque est sûrement, parmi les spectacles hybrides, celui qui est le plus imbastardito au sens musical du terme; celui dans lequel le mélange est le plus extraordinaire. Dans une architecture à 360°, où il n'y a pas qu'un seul point de vue, la dramaturgie linéaire et classique ne fonctionne pas. Nous sommes dans quelque chose de complètement fragmentée et chaotique.

Est-il possible, au moment de la création, d'identifier les différents savoirs qui sont mobilisés?
J'aime quand les choses sont digérées, je ne fais pas une application volontaire et rationnelle des savoirs. Dans cette digestion, ceux-ci se mélangent. Lorsque je regarde certains moments de la répétition, je pense: «on dirait de la danse», «on dirait une peinture», «on dirait que l'interprète chante, alors qu'elle est en train de faire du trapèze»... Il faut laisser décanter, c'est comme des ruines; on ne fait pas volontairement des ruines, elles sont marquées par ce qu'on a appris, par ce qui nous a traversé.

Le travail de l'artiste de cirque repose sur la maîtrise de la relation de son corps à l'objet. Comment votre intervention agit-elle au regard de cette exigence?
J'ai demandé à chaque artiste d'inventer une histoire liée à ses agrès, à son propre objet. Cela demande un effort d'imagination que de chercher pourquoi un jour un homme a eu ce besoin, cette nécessité, de marcher sur un fil, de se pendre la tête en bas, ou de voler, de s'envoyer en l'air, de dépasser les lois de la gravité... Cela leur a permis une redécouverte de l'objet -quand on fait tous les jours quatre heures de fil, on oublie la valeur symbolique de cet objet-, mais aussi du pourquoi de leur choix et de la nécessité qu'ils ont de travailler plutôt sur un trapèze, sur un fil, ou sur une bascule, ou plutôt le jonglage.
Le cirque, c'est un travail de domptage de l'objet, et c'est tellement bien fait que l'on oublie que c'est très dur, que c'est violent, que cela fait mal. C'est de la chair contre de la matière qui n'est pas très souple. C'est le domptage de l'animal qui est en soi, de la peur. C'est un besoin profondément archaïque de l'extase, de la transe, de sortir de soi, de sortir de la prison de l'existence.

Quel est le thème du spectacle?
Il n'y a pas vraiment un thème, mais des thèmes qui sont parallèles, convergents, divergents, contradictoires, qui sont vraiment liés aux choix des étudiants, à leur existence, à l'errance, au fait de ne pas avoir de territoire. Je les ai fait travailler sur les relations liées au pouvoir, entre le clown blanc et le clown rouge par exemple, celles que l'on retrouve également entre Lucky et Pozzo dans l'œuvre de Beckett. Dans le cirque, on retrouve tous les thèmes qui fondent les histoires humaines, d'une manière simple, jamais complexe. Il faut que cela soit lisible immédiatement, comme sur un tableau, en deux ou trois coups de pinceau.

Vous êtes habituée à travailler à partir de fragments?
Il y a des bouts d'histoire, des objets, des personnages qui attendent une raison d'arriver. Tant qu'il n'y a pas encore eu de metteurs en scène qui les aient utilisés, ils attendent. La piste devient le lieu idéal pour faire se rencontrer des énergies, des poétiques, des entités qui n'avaient aucune chance de le faire.

Vous avez dit que «le corps des danseurs porte des traces»; de quel ordre sont celles du corps des circassiens?
Le circassien est comme un alchimiste face à la difficulté de transformer la douleur en plaisir.

Publié le 2001-01-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : cirque, danse,
Mot(s) Important(s) : CNAC, hybride, apprentissage, pluridisciplinarité, objet,
Artiste(s) : Francesca Lattuada (chorégraphe), Martine MALEVAL (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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