Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
La danse mise sur écoute
Play Mobile, de Fabrice Lambert / L'Expérience Harmaat
Chapeau : Aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, Fabrice Lambert laisse entendre la danse en captant le son des mouvements.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Muriel STEINMETZ auteur
Fabrice Lambert chorégraphe
Texte : Les Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis ont lieu à Bobigny, puis à Bagnolet et à Montreuil. Le chorégraphe Fabrice Lambert a ouvert le bal avec
Play Mobile. Il entend sortir la danse de son mutisme. C'est en effet chose courante, depuis peu, dans l'univers de la danse, où l'on parle beaucoup sur scène. A cette différence près que ses danseurs à lui ne disent mot. C'est la danse qui est sur écoute. A la voix des danseurs, Fabrice Lambert préfère le son de leurs gestes enregistrés en direct sur le plateau. C'est plus brut, en somme.
Play Mobile se déroule dans un espace clôturé par une bande magnétique reliée à des magnétophones, diffusant les sons captés. Sur cette sorte de ring très surveillé, les quatre interprètes (Eric Grondin, Hanna Hedman, Fabrice Lambert et Louise Peterhoff) se bougent. Chaque saut est aussitôt restitué depuis des hauts parleurs situés en bordure de scène, suivant un principe cumulatif: les sons s'ajoutent aux sons. La danse est donc épiée non par des caméras, ce qui, s'agissant de l'art du visible par excellence, semblerait logique, mais par des micros placés sous le nez des danseurs. Peu nous importe en somme, de voir le mouvement, suggère le dispositif de Fabrice Lambert, pourvu qu'en perdure la trace auditive.
Il est aussi des gestes exécutés sans aucun bruit. Ceux-là sont donc passés sous silence. Ce sont des mimiques, de menus signes des doigts qui traduisent, en catimini, du sens mis à l'abri des micros. Dès lors,
Play Mobile paraît tout à la fois créé pour être et ne pas être entendu. Les interprètes s'emparent d'accessoires (masque de canard, déguisement d'animal digne de Wall Disney). Difficile aujourd'hui de s'en passer tant on assiste, dans le monde de la chorégraphie, à cette espèce de montée en puissance d'un bric-à-brac censé transformer les corps en mannequins de vitrine. C'est une marque de l'esthétique commune à plusieurs artistes pour qui le corps du danseur pose problème. Cette quête systématique pour réinventer le «visible» (c'est-à-dire ce qui est montré) entraîne, par conséquent, l'exposition sur la scène classique, de matériaux empruntés à d'autres disciplines artistiques. Il est aussi des corps, révélant des formes improbables, avalées par des sacs de couchage. Il peut encore arriver que le corps soit exhibé, tel celui du danseur classique mais dans une attitude excessive. Ainsi l'un des interprètes écarte sa bouche à deux mains, écarquille son œil avec deux doigts, respire et souffle afin de mieux dessiner sa cage thoracique. Le danseur est donc désacralisé par la vision quasi anatomique de ses propres organes.
Play Mobile pêche sans doute par une durée difficilement justifiable et par une certaine incapacité de tenir de bout en bout sa radicalité première. Au bout d'une heure, la scène qui vouait les corps à l'expérience des micros, se délite sous la poussée incontrôlée d'une théâtralité inopportune. Le plateau semble soudain lesté d'une signification à gros points qu'on souhaiterait moins évidente. Le dispositif panoptique, sans aucune issue se mue en un piège comme surligné au feutre rouge. L'abstraction pure du début s'évanouit sous le régime de terreur d'instruments (une lampe tourne sur son socle et menace de couper le cou des danseurs; sous le feux croisés de spots lumineux, les voilà qui tressautent comme des animaux dans une poêle à frire), qui malmènent de loin les danseurs.
Date de publication : 30/04/2003
Inséré le : 30/04/2003 00:00
Thèmes : danse,