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Dépense abstraite
Mirth, d'Arco Renz
Chapeau : Dans
Mirth (présenté au Théâtre de la Bastille), Arco Renz chorégraphie la rencontre inusitée de l'énergie extrême et de la composition sérielle. Choc fragile.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Gérard MAYEN auteur
Arco RENZ chorégraphe
Anna SAUP vidéaste
Texte : C'est recevoir une gifle, que de saisir le saisissant premier tableau de
Mirth, d'Arco Renz. Rarement programmé dans l'Hexagone, ce danseur et chorégraphe allemand est apparu sur un axe Paris-Berlin-Bruxelles, via la fréquentation de Bob Wilson et de l'école P.A.R.T.S.. A sa nouvelle pièce, on trouve ce double caractère d'une fascinante composition plastique et dynamique d'un plateau-image en trois dimensions architecturé par la vidéaste Anna Saup ; et d'une écriture chorégraphique très déterminée, qui pourrait avoir source d'influence chez Anna-Teresa de Keersmaeker.
Premier tableau de
Mirth: cinq danseurs sont rangés en ligne frontale, soulignée de lumière, les mains ramenées en croix au-dessus de la poitrine. Ce détail dans la posture, assez peu naturelle, donne à leur silhouette une plus grande vigueur géométrique, et les tire vers l'abstraction symbolique d'objets tels que pions, atlantes, ou soldats de plomb. Et les voilà mis en série d'une dynamique qui les emporte, inexorablement: une course sur place, un martèlement sans fin, un engagement tout entier dans une répétition obstinée. On avait presque perdu le souvenir de danses de franche dépense énergétique, et d'unissons de surcroît.
On en retrouve l'empathie tonique et l'ivresse hypnotique, qui pour autant sont loin d'emprisonner la pensée. Laquelle hésite entre froideur de la rigueur mathématique, et fantaisie ludique d'une image époustouflante. Confronté à l'unité décidée en train de le happer, l'esprit se plaît d'autant à capter la singularité de chacun des interprètes, qui demeure, obstinée ; comme il s'aiguise à guetter les moindres variations que présente en fait la partition, chorégraphique, autant que musicale.
Quelque chose prend au ventre, qui secoue le mental, par niveaux, par sursauts ; par fuites et par concentration.
Mirth déroule ainsi quatre grands tableaux successifs, où les corps vaudraient matérialisation tactile des trois dimensions révélées de l'espace soumis à pivotements, torsions et projections. Les danseurs y sont les repères actifs d'un réseau perpétuel, entre syncopes de transes pulsatiles, et théorie de frises hiéroglyphiques.
Cette expérience de principes simples, redoutablement conduits au bout de leur logique, est aussi celle d'un épuisement. De sorte qu'on aurait pu préférer que la performance laisse réellement transparaître les signes physiques de la fatigue, le possible délitement des formes, et non une extraversion surjouée, allant parfois jusqu'au sourire affiché. La danse d'Arco Renz pourrait fort bien s'abstenir d'en montrer plus.
(
Mirth était programmé du 23 au 27 avril 2003 au Théâtre de la Bastille à Paris).
Date de publication : 30/04/2003
Inséré le : 30/04/2003 00:00
Thèmes : danse,