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Deux langages et un poisson
Bel Arabi Feel, de Laurence Rondoni et Mohamed Shafik
Chapeau : Dans
Bel Arabi Feel (présenté au C.N.D.), Laurence Rondoni et Mohamed Shafik donnent au fossé entre cultures la portée d'un délire surréaliste
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Gérard MAYEN auteur
Laurence RONDONI chorégraphe-interprète
Mohamed SHAFIK chorégraphe-interprète
Texte : Danseuse française née à Tunis, Laurence Rondoni n'en a pas fini avec la redécouverte de son Orient. D'un long séjour égyptien l'an dernier, elle avait ramené le film
Attaba, vu lors de la dernière édition de Vidéo-Danse, qui justement sortait la danse de ses cercles habituels.
Nouveau développement, la pièce
Bel Arabi Feel la voit reprendre le chemin du plateau, au côté de Mohamed Shafik. Ce grand gaillard fin danse au sein de la compagnie dite contemporaine de l'opéra du Caire –néoclassique serait en fait une dénomination plus appropriée, nous conseille-t-on. Il s'essaie aussi à ses propres chorégraphies personnelles.
Laurence Rondoni et Mohamed Shafik ont travaillé des mois ensemble. Mais très vite, ils ont décidé que leur pièce commune développerait la partition double de leurs deux univers en parallèle. C'est un choix extrêmement lucide, à rebours de la vulgate des métissages qui se décrèteraient d'un simple claquement de doigts.
Le jeune Egyptien évolue principalement en bord de plateau, arpentant un couloir grossièrement grillagé, qui en dit long sur son statut d'artiste en son pays. Il s'y démène aux limites de s'y fracasser. Sa fougue est juste tempérée par des instants où, un peu naïvement, il semble confondre son art avec une entreprise de séduction. Mais laissons le déambuler étrangement avec en main une scie et une bouteille de Coca, et mordre dans sa juvénile liberté à pleines dents.
Pour évoquer Laurence Rondoni, et la trempe de ses renversés boulés arrière, on aimerait inventer le féminin de "garnement". Elle est de ces caractères qui, dès qu'appréciés sur un plateau, constituent une totale rencontre, pleine et entière. Au début de
Bel Arabi Feel, elle annonce qu'on lui a demandé de parler à un poisson. Va pour le poisson sur scène. Dans le contexte des ateliers de danse d'aujourd'hui, la situation semble plausible. Du reste, l'animal finira suspendu aux micros, avant qu'explosent une quinzaine de bouquets de fleurs et autant de vases, que peu à peu le plateau s'en trouve retourné, et que la friture à l'huile vienne comme on ne l'attendait pas.
Bref, ici le choc des cultures, entre une danse qui s'arrache et une qui s'imagine, tourne au flagrant collage surréaliste. Et une fois de plus, ces temps-ci, on se dit que la notion de "bizarre" plutôt que de "conceptuel" convient à la désignation de bon nombre des nouvelles aventures à vivre sur les scènes.
(
Bel Arabi Feel a été créé les jeudi 24 et vendredi 25 avril au studio du CND à Paris).
Date de publication : 30/04/2003
Inséré le : 30/04/2003 00:00
Thèmes : danse,