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Le moloch et les caïds
Haute Surveillance, de Jean Genet, mis en scène par Vincent Ecrepont
Chapeau : À partir d'un travail à la maison d'arrêt de Blois, Vincent Écrepont a cherché à comprendre la prison et il en est venu à Jean Genet. Il monte Haute Surveillance à la Halle aux Grains à Blois. Du 28 avril au 7 mai 2003.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Mari-Mai CORBEL auteur
Vincent ECREPONT Metteur en scène
Jean GENET écrivain
Texte : Jean Genet écrivit
Haute Surveillance en 1939 à Fresnes, la même année que
le Condamné à mort et
Un chant d'amour. Ce fut la décapitation d'un jeune assassin à la beauté incomparable qui poussa Genet à écrire
Haute Surveillance. Le personnage central, Yeux-Verts, est condamné à la peine capitale. Maurice et Lefranc, ses compagnons de cellule, idolâtrent en lui un caïd qui a tué pour rien -si tant est que l'on tuât pour une chose... Ils sont moins «amoureux» qu'ils ne cherchent sa faveur. Ils lui supposent un savoir. Yeux-Verts l'illettré, savait qui il aimait. La silhouette d'une bien-aimée est tatouée sur son torse. Il a connu le mystère de l'amour. Lefranc et Maurice se disputent pour hériter d'elle, ils mendient une parole qui les autorise à lui survivre. Mais Yeux-Verts avoue être depuis son crime à nouveau «un pauvre». Il ne peut donner ce qu'il a perdu, ce savoir sur l'amour. La dernière réplique lui appartient. «Tu sauras qui tu es», dit-il à Lefranc qui vient d'occire Maurice.
Vincent Écrepont est fidèle à l'esprit abstrait et transgressif qui anime la pièce, de sorte que la prison reste un lieu non pathétique. Les premières pages sont dites à une table sur le côté, près des spectateurs. Peu à peu, un jeu chorégraphié se met en place comme une machination dont les personnages seraient les pions. Les acteurs se révèlent des joueurs passionnés. Julien Lucas, Xavier Brossard et Richard Perret semblent sortis d'
Un Chant d'amour, ce film de Genet. La scénographie (signée Alexandre de Dardel, un associé régulier de Stéphane Braunschweig) propose un praticable surélevé. Tout en bois brun-gris, il réfute le granit prôné pour le décor et avec, tout fatalisme naturaliste. Matière du cercueil, il suggère la simplicité de la mort et la dimension humaine d'un monde que la raison peut éclairer. Matière japonisante, il invite à une pensée des symboles que trois trappes dites «argile», «eau» «lumière» jalonnent. Dans la bouche d'un large conduit, un écran reçoit des images: celles captées en direct d'un œil, d'autres de sondes médicales, côté surveillant des vues à travers l'œilleton. Elles ouvrent une dialectique du dehors et dedans. La prison est le corps intérieur d'une société qui surveille chaque corps. De dedans la prison, le dehors apparaît un monde de fiction. La société pour Genet était une mythologie destinée à ennoblir les possédants. Il faut pactiser, s'employer, s'asservir, perdre sa pureté, pour en être. Yeux-Verts le refuse: «Je suis la forteresse. Dans mes cellules, je garde des costauds, des voyous, des soldats, des pillards! ...Je suis seul au monde.» Ces Œdipe rimbaldiens sont piégés dans le château de Kafka. Poussés par la soif de s'élucider, le meurtre leur apprend que la haine les embrase. Alors, ils perdent avec l'ignorance sur eux-même, l'innocence d'aimer. Yeux-Verts dit ne plus pouvoir se blottir dans ses propres bras. Enfin, Lefranc comprend que son geste « pour l'amour du malheur », justifie le château qui, sous prétexte de sécuriser la société, l'immolera au Moloch tapi dans les oubliettes. C'est une partie combinée d'avance. Par sa mise en scène Vincent Écrepont souligne le contenu testamentaire de
Haute Suvrveillance.
(
Haute Surveillance est présenté jusqu'au 2 mai à la Halle aux Grains de Blois)
Date de publication : 30/04/2003
Inséré le : 30/04/2003 00:00
Thèmes : théâtre,