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Scandale permanent au Centre Pompidou
Economie politique
La «refondation culturelle» entreprise par Jean-Jacques Aillagon à Beaubourg se manifeste surtout par l'introduction de l'économie privée, et la production d'expositions à grand spectacle. Quel est l'objectif visé : rentabilité commerciale ou rentabilité politique?
C'est nouveau et intéressant. «Faisons toujours mieux», dit la réclame: Philips organise désormais ses opérations de recrutement à Beaubourg. Clandestinement? Même pas. Une demi-page de publicité est parue à deux reprises (avec le logo du Centre Pompidou) dans le supplément Économie du Monde pour annoncer «l'événement recrutement de Philips France»: «Philips France vous invite à partager sa vision du futur à travers une rencontre exceptionnelle. À l'occasion de l'exposition Les Bons génies de la vie domestique, dont Philips est partenaire, vous aurez l'opportunité d'échanger avec une centaine de professionnels du groupe: managers, experts, responsables ressources humaines. (...) Le Forum Philips a été conçu pour tous ceux qui cherchent à valoriser leurs compétences au cœur de la convergence des technologies de l'électronique, de l'informatique et des télécommunications». Beaubourg reconverti en Bourse du travail d'un nouveau genre? Il fallait y penser. Un millier de personnes sont venues, ce 28 novembre, «faire connaissance avec l'entreprise», comme l'explique Dominique Norguet, responsable de communication à Philips France. Est-ce choquant? Peut-être pas, si l'on suit l'argumentaire de Jean-Jacques Aillagon, le président du Centre Pompidou: «Pour ce qui est des moyens la question était simple: comment reconstituer la capacité du Centre à produire de l'activité culturelle? (...) Au cours des dix dernières années, les dotations budgétaires de fonctionnement du Centre ont crû moins vite que le poids de ses charges ordinaires, notamment de la masse salariale. L'établissement est ainsi devenu, s'agissant de financer son activité, presque entièrement tributaire de ses recettes propres». Et, au titre de ces «recettes propres», figurent notamment «les concessions et le mécénat» (1).
Ce mardi 28 novembre, le Centre Pompidou a donc «concédé» une partie de son espace à une entreprise privée, par ailleurs «partenaire» d'une exposition. Question rouge: combien Philips France a-t-il déboursé pour organiser son «événement recrutement» au Centre Pompidou, établissement public? Réponse de Dominique Norguet: «Ce n'est pas pris en compte; cela rentre dans le partenariat global» (il n'y a donc eu aucune facturation, alors qu'une partie du personnel de Beaubourg était mobilisée par cet événement organisé un mardi, jour de fermeture du Centre). Philips, qui s'affiche «très sélectif» dans ses partenariats (le Louvre, la Fondation Cartier, l'exposition Mutations à Bordeaux initiée par la Mission 2000), «est présent au Centre Pompidou depuis de longues années, avec une visibilité assez bonne». Nature de ce partenariat? Essentiellement, de la mise à disposition de matériels, par exemple des écrans plasma: «Nous avons cette chance de faire connaître nos produits dans des réalisations qui touchent le grand public», commente Dominique Norguet. «Du point de vue de notre image, cette association avec le Centre Pompidou confère une «valeur ajoutée» à notre activité». Quel avantage pour Beaubourg? «En réalisant des actions de partenariat avec des partenaires industriels, le Centre Pompidou montre qu'il n'est pas exclusivement voué à l'art pour l'art. Et puis, cela lui permet d'élargir son audience à des cibles journalistiques plus impliquées sur le créneau de la presse économique et financière».
La culture est-elle soluble dans l'économie et le divertissement?
La presse économique et financière est d'ailleurs tout à fait disposée à soutenir le Centre Pompidou... lorsqu'on y devise sur «Culture et économie». Les Échos se sont en effet associés à un colloque qui a abordé, les 8, 9 et 10 novembre 2000, des thèmes tels que «La nouvelle économie politique de la culture», «Culture, gestion, profit», et «Risques et opportunités de la mondialisation. Y-a t-il une audience et un marché mondial pour la culture française? Quelle place pour l'auteur, pour les enracinements locaux?. Un seul «artiste» (Fabrice Hybert), quelques directeurs d'institutions culturelles triés sur le volet (Gérard Violette, Stéphane Lissner et -pour le folklore?-, Christian Troadec, président dufestival Les Vieilles Charrues), y côtoyaient un aréopage de personnalités du monde économique (les PDG de Culture Espaces, filiale de la Lyonnaise des Eaux, et de Naïve; les directeurs généraux de la Deutsche Bank en France, du groupe UGC et de Havas, un conseiller du président de LVMH...). Pour parler de quoi? De ce que la mondialisation et ses multiples avatars «dissipent l'illusion devoir la culture fonctionner comme un monde à part, à l'abri des grandsprincipes de l'économie»; et de la place qu'il convient de laisser aux créateurs et aux intellectuels, deux espèces archaïques qui craignent «de voir l'art et la culture se dissoudre dans le divertissement».
Publié le 2001-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : Centre Pompidou, mécénat, communication, événement,
Artiste(s) : Jean-Jacques AILLAGON (directeur de structure), François PINAULT (directeur d'entreprise), Jean-Marc ADOLPHE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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