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La faillite de la Mission 2000 en Avignon
Scandale et trahison
«La Beauté», exposition-phare des célébrations 2000 en France, se solde par une ardoise de 35 millions de francs. Comment en est-on arrivé là? Histoire d'une saga politico-culturelle en terre RPR, semée d'embûches et de chausse-trappes.
«La Beauté» s'achève le 1er octobre 2000, et très vite, la presse rend compte de ses «déboires économiques». Le déficit, initialement annoncé à 10 % du budget (soit 6 millions de francs), enfle de semaine en semaine. Dernière estimation connue: 35 millions de francs. Un véritable crash! Le ministère de la Culture et celui de l'Économie diligentent une inspection commune, dont les conclusions devraient être prochainement connues. De son côté, Jean-Jacques Aillagon et la Mission 2000 tentent de faire porter le chapeau au commissaire artistique de «La Beauté», Jean de Loisy. «C'est un voyou», clame Catherine Lawless, directrice de communication à la Mission 2000: «Il a manipulé tout le monde; mais que voulez-vous? Il serait capable de vendre du sable à un Bédouin». Le «voyou» Jean de Loisy, quant à lui, assigne la Mission 2000 devant les Prud'hommes. Rupture consommée.
Les choses sont pourtant relativement simples à décrypter. Il suffit, d'abord, de reprendre le budget de «La Beauté» tel qu'il a été communiqué à la presse, pour déceler (sans avoir fait l'ENA) un certain nombre d'aberrations. Ainsi, les recettes de billetterie étaient estimées à 7 millions. Or, La Beauté escomptait 300 000 visiteurs payants (il y en eut finalement 195 000), et le forfait de visite de l'exposition était de 100 F: manifestement, le compte n'y est pas. 3 millions figuraient aux prévisions de «produits dérivés et éditions». Sachant que le catalogue a été entièrement pris en charge (dépenses et recettes) par Flammarion, et que les «produits dérivés» ont également été confiés à une société privée (qui n'a rien reversé), d'où pouvaient venir ces 3 millions de recettes? La revente de matériel (4 millions et demi) est elle aussi surestimée. Plus étrange... Au chapitre des recettes, la ville d'Avignon est mentionnée à hauteur de 5 millions de francs. Or, le montage financier entre la Mission 2000 et la Ville d'Avignon, qui a de quoi surprendre, était le suivant: la Mission 2000 «avançait» ces cinq millions, que la ville remboursait sur les recettes de l'exposition.
Un examen attentif du budget, à la lumière du bilan de «La Beauté», laisse d'autre part entrevoir de bien curieuses pratiques. Ainsi, la répartition des «commandes artistiques» révèle un montage complexe qui intrigue. Ainsi, une Société d'économie mixte de la ville d'Avignon, Avignon-Organisation, devait prendre en charge quatre réalisations, pour un montant total de 3,2 millions de francs. Or, ces quatre réalisations ont été annulées, et leurs auteurs se sont retournés contre la Mission 2000, qui leur a versé un «dédit»(7). D'autre part, une «Association la beauté» devait financer trois projets, pour 4,5 millions de francs. Cette association-loi 1901, liée par convention à la Mission 2000, présidée par Alexandre Lazareff et initiée par le directeur des affaires culturelles de la ville d'Avignon, offrait notamment l'avantage d'une «plus grande souplesse financière» pour contourner certaines obligations administratives, en particulier lors des derniers mois de préparation de «La Beauté». Initialement dotée par la ville d'Avignon d'une subvention inférieure à 300 000 F, comment cette association pouvait-elle assurer plus de 4 millions de «commandes à des artistes»? La Mission 2000 a refusé de financer directement cette association, mais elle a incité certains sponsors de «La Beauté» à le faire, au moins en partie. Mais même dans ce cas de figure, quelque chose ne va pas, sauf à considérer que 70 % du mécénat financier de l'exposition (évalué dans le dossier de presse à près de 6 millions de francs) ait transité par cette association.
Publié le 2001-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : enquête, beauté, Avignon,
Artiste(s) : Jean-Jacques AILLAGON (personnage politique), Jean DE LOISY (commissaire), Jean-Marc ADOLPHE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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