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Jean de Loisy, explication sur la faillite d'Avignon

Problèmes budgétaires

Chapeau : Venant compléter l'enquête sur «la faillite de la mission 2000 en Avignon», cet entretien avec le commissaire de «La Beauté», Jean de Loisy, revient sur les raisons d'un fiasco.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 11

Jean DE LOISY commissaire
Jean-Jacques AILLAGON personnage politique
Jacques CHIRAC personnage politique
Nathalie Viot auteur

Texte : Comment expliquer le déficit de plus de 35 millions de francs?
Jean de Loisy:
À ma connaissance, il est de moins de 30 millions de francs. Le budget initial était de 55 millions de francs, c'est-à-dire le même que le festival d'Avignon, moins que la «Documenta», (plus de 100 millions de francs), un peu plus que l'exposition «Mutations» à Bordeaux (20 millions de francs) et que l'exposition de la Villette, «Le jardin planétaire» (27 millions de francs). La différence -non négligeable par rapport à ces deux dernières- étant que «La Beauté» était éclatée en dix expositions dans plusieurs lieux de la ville et pas une exposition unique dans un musée. La répartition était approximativement la suivante: 30 millions de francs pour «La Beauté» (apport direct de la mission), 8 millions de francs pour le festival (en plus de sa subvention du ministère de la Culture), 5 millions de francs à la ville et 2 millions de francs pour la Fondation Yvon Lambert. L'argent de «La Beauté» a servi pour plus de 15 millions de francs à la réhabilitation des lieux et près de 20 millions de commandes aux artistes, le reste est passé en coût de structures et de scénographies.
Jusqu'en 1999, cinq personnes à Avignon travaillaient sur ce projet, mais il y avait un manque de foi évident de la part de la mission dans le projet. Une certaine désinvolture de la ville et de l'ensemble de l'administration gestionnaire qui, au moment de la mise en place effective du projet, a paniqué. Mais il était déjà trop tard, on ne pouvait aller que vers une dérive de coûts et une perte de contrôle des budgets dû à l'urgence.
Il y a eu un manque d'expertise énorme, une sous évaluation des remises aux normes de sécurité, éclairages, passages etc.
Le commissaire exécutif, Alain Thuleau, n'a pas eu les moyens d'évaluer les coups réels et n'a pas pu faire les vérifications nécessaires. C'est au moment où l'intérêt des journalistes et des politiques était au plus fort que la mission a été convaincue de l'intérêt du projet. Quand ils ont su que Jacques Chirac viendrait à l'inauguration, l'attitude de tous a évidemment changé.
Au total sept projets ont dû être annulés, certains au début de leur élaboration, Starck, Buren, d'autres au niveau des études, Acconci, Pesce, Hou Hsiao-hsien, et certains beaucoup plus avancés, Dumb Type, Kitano... Je ne parle pas du projet de Björk parce que dans ce cas précis c'est son équipe qui a été confrontée à des problèmes techniques insolubles. Pour les autres artistes nous avons du faire face à ces problèmes budgétaires et des questions de responsabilité et leur demander de penser leur projet en fonction des budgets.
En ce qui concerne le projet de Christian Lacroix il a été très décrié, mais c'était à mon avis un très beau projet. Devant l'urgence et la mise en place tardive de certains dispositifs et de l'exécution des travaux, Lacroix a du recommencer son projet trois fois avec trois directeurs techniques différents...

Pourquoi intentez-vous un recours aux Prud'hommes contre la mission 2000?
Tout d'abord parce que la mission essaie de faire reposer sur moi les erreurs de gestion, alors que ma mission était essentiellement artistique. Il y avait, précisons-le, deux énarques, un contrôleur financier, un conseiller spécial auprès du président Aillagon, un trésorier payeur général... Tout un appareillage administratif normalement compétent et qui avait pour mission d'éviter tout dérapage. De plus je n'avais aucun droit de signature et d'engagement de fonds. Ces personnes n'étaient pas à mon service. J'étais leur employé.

Date de publication : 01/01/2001


Mots-clés : Avignon, culture, responsabilité
Inséré le : 31/07/2001 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,