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La cruauté magnifique ?


Wim Vandekeybus



Wim Vandekeybus mêle les danseurs d'Ultima Vez et les acteurs du Tonelgroep d'Amsterdam dans Sonic Boom, une pièce où les limites corporelles sont sans cesse repoussées, jusqu'à l'épuisement.


Prolifique, Wim Wandekeybus présente sa nouvelle production, quelques mois après le controversé Blush, pièce efficace mais sans réelle surprise. Sonic Boom ne déroge pas aux précédentes critiques formulées à l'encontre du chorégraphe et suscite les avis les plus divers. Moins spectaculaire, cette pièce se révèle pourtant plus audacieuse et soulève la question (essentielle) de l'interprète chez Vandekeybus.
Invité par la troupe théâtrale Toneelgroep d'Amsterdam, Wim Vandekeybus a quelque peu brisé ses habitudes scéniques sur ce Sonic Boom. Et c'est tant mieux, car celles-ci commençaient à cloisonner dangereusement les qualités du chorégraphe. Même si Sonic Boom est traversé de faiblesses, la pièce trouve justement sa qualité dans cette prise de risque, ce tâtonnement que Vandekeybus semblait avoir délaissé.
Ici donc, point d'intégration de support filmique. Une danse moins aérienne, qui n'en reste pourtant pas moins très physique. Et du texte, beaucoup de texte. On retrouve à l'écriture Peter Verhelst, déjà présent sur Scratching the Inner Fields et Blush. Le plateau est investi par trois comédiens du Toneelgroep Amsterdam et par huit membres d'Ultima Vez. Autre collaboration suivie, celle entamée avec David Eugene Edwards, compositeur de la musique de Blush, et leader du groupe folk américain 16 Horsepower.
Sonic Boom, une station de radio locale, perdue dans un paysage aride et mélancolique (un croisement entre un middle west américain et une côte maritime flamande) émet pour un auditoire âpre, qui semble happé par son propre malaise... Animé par la musique diffusée par la station, ainsi que par la loquacité de son animateur, l'ensemble de la pièce suit un récit amoureux, entrelacé et dispersé sur plusieurs protagonistes. Dans cette quête narrative, la réalité semble fusionner avec l'imaginaire. On retrouve donc un des thèmes de prédilection du chorégraphe belge avec cet imbroglio amoureux et son noeud de sentiments désabusés. Ce n'est donc pas de là que vient la surprise de Sonic Boom. A proprement parler, Il n'y a d'ailleurs pas de surprises dans Sonic Boom, mais plutôt une réflexion insidieuse sur le rôle du danseur chez Vandekeybus.
En début de pièce, une voix off, qui se découvrira par la suite, lance une série d'injonctions. Violentes: -“Simon says: cut your chest”, -“Simon says: hit the chest” ou encore –“Simon says: show your dick”... Sur ce plateau quasi vide et encore froid, c'est l'imaginaire du spectateur qui se développe face à ce monologue sadique. Un peu plus tard, la même routine reprend, incarnée par deux danseurs, l'un bourreau et l'autre victime. L'imaginaire est balayé, rien de factice, la poitrine est entaillée, le sang coule sous les coups (ce qui entraîne quelques départs dans la salle...). Les spectateurs sont maintenant dans le public mais aussi sur le plateau, puisque toute la troupe d'Ultima Vez assiste silencieusement à la douleur. Dans ce rapport de soumission et de servitude, on ne peut s'empêcher de soustraire « Simon » à « Wim ». Un chorégraphe qui utilise ses danseurs dans leur entière physicalité, et des interprètes qui se mettent totalement au service d'une danse extrême ; où les limites corporelles sont sans cesse repoussées, jusqu'à l'épuisement. Et c'est justement dans cette cruauté (et avec toutes les limites qu'elle devrait imposer) que la danse de Wim Wandekeybus se magnifie.

Justin MORIN


Publié le 2003-05-08

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : cruauté, soumission, interprète, acteur, Belgique, amour, douleur,
Artiste(s) : Wim VANDEKEYBUS (chorégraphe), TONEELGROEP AMSTERDAM (compagnie de théâtre), Peter VERHELST (écrivain), David Eugene EDWARDS (musicien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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