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De dérives en glissements
Neuer Tanz
Sous la direction du plasticien Va Wölfl, le collectif allemand Neuer Tanz accumule détails cocasses et saugrenus pour la preuve d'une vive intelligence. Sans s'en donner l'air.
D'aucuns prétendent qu'il est possible de prédire la politique des taux d'intérêt de la réserve fédérale américaine en observant le porte documents de son président, Allan Greenspan, avant même qu'il ne l'ait ouvert. Voilà une anecdote qui aurait pu alimenter notre insatiable besoin de signifiant. Elle aurait pu le faire. Sur le titre de cet étonnant projet venu de Düsseldorf, Greenspans Aktentasche -le porte-documents de Greenspan-, on avait donc un élément à se mettre sous la dent. Mais sur les ressorts de cet objet chorégraphique non identifié, il aura fallu renoncer à tout espoir d'obtenir un quelconque éclaircissement. Du moins à son commencement. Car de dérives en glissements, on finit par se laisser aller -et se laisser prendre- aux excentricités du collectif Neuer Tanz.
Soit un espace resserré sur la forme d'un cube géant. Un espace frontal, neutre et blanc. Deux hôtesses y attendent, délicatement baignées d'une atmosphère opaque et rougeoyante. A la fois chic et toc, leurs deux parures scintillent: lamé, paillettes et hauts talons. Elles jouent d'une drôle de musique pour ascenseur pendant qu'on entend murmurer que «la nuit ne va pas finir»... On commence donc à se préparer à une bonne vieille séance de kitscherie teutonne et on se prend à s'inquiéter la durée de ce spectacle: 100 minutes... Mais rapidement, après trois retentissantes modifications de l'environnement, le spectateur se retrouve face à un prodigieux retournement de situation. Des intervenants apparaissent un à un, et chacun paraît fort occupé.
Dans leurs uniformes gris souris, ils exécutent différentes actions; en apparence quelconques. Déplacer un objet, s'asseoir au premier rang de la salle, se faufiler dans les coulisses... Traversant une masse de détails sonores -foisonnants mais à peine perceptibles- c'est avec une extrême précision qu'ils oeuvrent à l'émergence d'une véritable construction. Une architecture qui induit un autre rapport au temps. Le temps nécessaire à articuler une proposition autour de la répétition d'un seul et même placement. Si l'interchangeabilité des rôles et des positions souligne combien chacun des exécutants sait disposer d'un geste propre et singulier, elle fait aussi référence à ce besoin de perfection qu'on peut trouver dans une certaine économie de la danse. Sans cesse répéter et remettre le geste à l'ouvrage. Et ce ne sont pas les improbables et irrésistibles intermèdes dansés -ici, une danse tribale dans l'obscurité... ; plus loin, une minute nécessaire de flamenco succède à la projection d'un match de foot- qui vont prouver le contraire: sans vraiment y paraître, sans s'en donner l'air, les Neuer Tanz démontrent qu'ils savent jouer du contrepoint pour accompagner, non sans humour, un travail tout en finesse sur la façon d'habiter un espace singulier et de soumettre à variation ses différents modes de perception.
David Bernadas
Publié le 2003-05-09
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : danse, art plastique,
Mot(s) Important(s) : espace, répétition, couleur,
Artiste(s) : David BERNADAS (auteur), NEUER TANZ (collectif), Va WOLFL (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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