Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Un théâtre polymorphe




La marionnette, redécouverte par les avant-gardes au début du XXe siècle, renouvelé par l'art moderne, puis terrain d'exploration dans les années soixante-dix, ne cesse d'interroger son histoire et de renouveler ses formes: la frontière qui séparait la marionnette du théâtre aujourd'hui se dissout.


La Biennale Internationale des Arts de la Marionnette (BIAM) cristallise ce mouvement d'ouverture à plusieurs niveaux : des artistes qui n'en sont pas issus, comme le chorégraphe Josef Nadj, apprivoisent la marionnette, tandis que les artistes-manipulateurs investissent la musique, la vidéo, etc., ainsi qu'en témoignent par exemple Opus ou Amoros et Augustin. L'organisation de cette biennale à la Villette manifeste en outre la conquête d'un large public par une forme qui s'enracine dans la culture populaire – n'oublions par l'esprit frondeur et la veine politique du Guignol qui réjouissait les canuts lyonnais. Après le cirque et les arts de la rue, il semblait naturel que le Parc de la Villette s'intéresse au renouveau de la marionnette. Christophe Blandin-Estournet, directeur de la programmation en cirque, cabaret, arts de la rue, est convaincu que se joue là l'essence d'un art contemporain qui bouscule les frontières entre les disciplines : «Cela me fait penser à ce qu'a pu être la nouvelle vague au cinéma, il y a quarante ans ; à la danse, il y a vingt ans ; au cirque, il y a dix ans. C'est la forme artistique qui probablement est la plus en adéquation avec le monde d'aujourd'hui. Elle n'est pas exclusive, parce qu'elle porte en elle un potentiel de métissage technique et artistique.» La Biennale Internationale des Arts de la Marionnette est une «profession de foi», comme aime à le dire Lucile Bodson, directrice du Théâtre de la marionnette à Paris, partenaire de la Biennale, profession de foi et catalyseur des formes émergentes.

La marionnette, un corps à distance
Si le théâtre s'intéresse de plus en plus à la marionnette et ses avatars, sans doute est-ce parce qu'elle apporte des réponses pertinentes aux questions que se pose le théâtre contemporain. Elle a fasciné les plus grands metteurs en scène, Antoine Vitez, Tadeusz Kantor ou Bob Wilson. Gordon Craig, il y a cent ans, appelait de ses vœux l'acteur idéal, une « sur-marionnette » calquée sur le pantin artificiel. Dans un texte célèbre (1), Kleist fait un éloge vibrant de la marionnette à fil, parfaite dans l'exécution des mouvements et pure dans l'expression. Docile et malléable à souhait, le corps artificiel porte aussi en lui la théâtralité. Forme vide, dénuée de psychologie et d'affects, la marionnette est un lieu aisé de projection mentale, elle ne joue pas, elle « est ». La présence d'un personnage expressif ou d'un simple objet investi d'une identité est immédiate, et de ce point de vue, le spectacle de marionnette permet de toucher l'essence même du jeu théâtral. La manipulation à vue étant devenue la règle, et la volonté d'illusionnisme ayant le plus souvent disparu, le processus d'interprétation y est mis à nu. Le « jeu », cet espace physique entre le corps du comédien et la fiction, devient décelable. Parce qu'elle décale notre regard de la réalité, la marionnette est douée d'une puissance imaginative. «Elle nous met en déséquilibre pour mieux voir l'état du monde», remarque Christophe Blandin-Estournet. «Elle permet de contourner le réalisme pour mieux faire percevoir le tragique, la beauté, l'absurde.»
La marionnette permet sans doute d'aller plus loin dans la représentation, en particulier de certains thèmes : le double, la manipulation, la mort, bien sûr, mais aussi la violence. On sait la force avec laquelle les Argentins du Periférico de Objetos ont exploité poupées en celluloïd et animaux divers pour rendre compte de l'oppression et de la déshumanisation, dans Hamlet-Machine ou Zooedipous. Face à une scène insupportable représentée à l'aide de marionnettes, le spectateur est pris dans un paradoxe : l'absence d'ambiguïté sur le caractère factice de l'acte décuple sa force. En désamorçant la provocation de la représentation, l'objet renforce la portée du geste qui nous touche d'autant plus.


> La suite du texte en cliquant sur "Texte intégral"

Naly GERARD,
Publié le 2003-05-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : marionnette,
Mot(s) Important(s) : manipulation, marionnette, objet,
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur), Daniel VERONESE (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :