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Prestidigitateurs de la scène




Révélés en France avec Gemelos, les Chiliens de La Troppa sont l'inventeur d'un langage visuel à part, qu'ils approfondissent dans Jesus Betz.


Avec son dernier spectacle, la compagnie chilienne La Troppa radicalise sa proposition d'un théâtre inspiré par l'image cinématographique. En adaptant un livre pour enfant qui dépeint l'étonnant périple d'un homme-tronc, elle pousse loin le principe de la scénographie en mouvement. Dans leur magistral Gemelos, le décor constituait déjà un élément majeur de la mise en scène. Les trois acteurs évoluaient à l'intérieur d'un castelet géant aux multiples ressources visuelles. Jesus Betz se joue encore dans un espace restreint : tout se passe à l'intérieur d'un cadre mobile, qui promène le regard du spectateur dans des tableaux animés. Des effets de travelling et de zoom, notamment grâce à des miniatures des personnages, accentuent la puissance de l'image et l'idée d'aventure. On passe successivement d'un bateau en pleine tempête aux ruelles d'une ville portuaire, d'un désert de sable au chapiteau d'un cirque. «C'est important qu'il y ait toujours du mouvement, souligne Juan Carlos Zagal, l'un des acteurs-metteurs en scène, que l'image se transforme comme les rêves, comme si l'on s'enfonçait dans un labyrinthe, dans la tête des personnages.» Le décor dynamique est aussi une réponse au corps statique de Jesus Betz, tronc atrophié que Jaime Lorca parvient à rendre tragique. Les autres personnages sont des masques interprétés par Laura Pizarro et Juan Carlos Zagal, qui forment, avec le précédent, le noyau dur de La Troppa. On retrouve le thème du parcours initiatique déjà présent dans Gemelos. Qu'il s'agisse du sort de deux enfants livrés à eux-mêmes ou d'un handicapé qui dépasse sa condition, les Chiliens s'attachent à des contes cruels irrigués par la vitalité où la puissance de vie et l'imaginaire l'emportent sur la souffrance. Une manière pour La Troppa de transposer la « survivance » à la dictature de Pinochet. «Jesus Betz, lui, n'a pas besoin d'une armée pour qu'on le torture, fait remarquer Jaime Lorca, sa condition même le fait souffrir. Il représente les minorités, ceux que l'on écrase, mais il porte en lui un hymne à la vie.>» Malgré un texte et une musique pas toujours convaincants, Jesus Betz nous emporte dans son univers proche de la bande dessinée. Escamoter le réalisme au profit du songe, c'est ce que souhaitent les magiciens de La Troppa : «ce qui nous intéresse, disent-ils, c'est la prestidigitation et émerveiller un public simple, populaire.»


Jesus Betz, création et mise en scène La Troppa (producteur délégué : Le Volcan, scène nationale du Havre) Du 21 au 7 juin 2003, sf lun. et mar.
Du mer. au sam. à 20 h 30, le dim. et sam. 7 juin 2003 à 15 heures, Nef de la Grande Halle.
À voir également : exposition des illustrations de François Roca pour le livre de Fred Bernard, Jésus Betz (Éditions du Seuil 2001), dont est adaptée la pièce de La Troppa.

Naly GERARD,
Publié le 2003-05-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : marionnette,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur), LA TROPPA (compagnie de théâtre),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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