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Objets sans frontières




Le pays imaginaire de la compagnie Turak possède désormais des lisières au Laos, où elle a fait un émule : le Ka Bong Lao.


Le théâtre poétique et sans parole du metteur en scène Michel Laubu, s'élabore à partir d'objets détournés, d'ustensiles transformés, de bricoles récupérées, le tout avec un esprit naïf et un humour décalé. Ce petit monde singulier baptisé Turakie occupe depuis une quinzaine d'années une place à part entière dans la géographie de la marionnette contemporaine. Accoutumée aux pérégrinations hors des territoires francophones, la compagnie Turak a tissé des liens de coopération au Laos depuis 1999 où elle a rencontré Leuthmany Insisiengmay, clown et metteur en scène. De cette rencontre est née Ka Bong Lao, la première compagnie de théâtre d'objets laotienne.
Le Turak et son «autre manière de faire du théâtre» ont été une révélation pour l'artiste laotien. Cet art pauvre et inventif qui consiste à recycler les matériaux quotidiens pour leur donner vie, est une aubaine pour les acteurs laotiens, qui n'ont pas un sou. Ceux-ci ont appris à façonner des personnages à partir de noix de coco, de bambou, de paniers traditionnels pour mettre en images, dans leur premier spectacle, un conte populaire laotien. L'aspect « tout-terrain » du théâtre sans texte a également séduit Leuthmany Insiasiengmay. «Au Laos, cohabitent de nombreuses ethnies qui ne parlent pas la même langue, précise-t-il. Avec le théâtre d'objet, on peut jouer partout, à la campagne comme dans les pays limitrophes.»
Dans ce petit État communiste en train de s'ouvrir, le spectacle vivant est rare, la marionnette encore plus. Les figurines traditionnelles de la cour royale prennent la poussière dans les vitrines, quant au « théâtre de poupées » importé de Bulgarie, guère modernisé depuis les années soixante-dix, il sert surtout aux campagnes de prévention sanitaire. Autant dire que le soutien international est une question de survie pour le Ka Bong Lao. Avec l'aide du Théâtre de la Marionnette à Paris, le Turak accompagne cette équipe encore fragile. Michel Laubu songe déjà à inventer d'autres formes de coopération, ailleurs : «Ce qui me fascine dans le théâtre d'image, confie-t-il, c'est l'intensité avec laquelle on communique avec des gens d'une autre langue et dont le quotidien est différent du nôtre. Voir que nous avons un monde en commun et les mêmes rêves est une surprise constante.» Dans le cadre de la BIAM, on peut faire une immersion prolongée en Turakie en assistant au spectacle du Ka Bong Lao, puis à L'Arpenteur hésite, dernier opus du Turak inspiré de ses périples à travers le monde.

À la Frontière de la Turakie, de Ka Bong Lao, mise en scène Leuthmany Insisiengmay,
et L'Arpenteur hésite, du Turak, mise en scène Michel Laubu, les 30 et 31 mai, à la Coupole,
Scène nationale de Sénart. Tél. 01 60 34 53 60.


Naly GERARD,
Publié le 2003-05-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : marionnette,
Mot(s) Important(s) : Laos,
Artiste(s) : TURAK THEATRE (compagnie de théâtre), KA BONG LAO (compagnie de théâtre), Naly GERARD (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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